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Histoire: La Légende du Wagadou.

La Légende du Wagadou (texte soninké suivi de la traduction française).
Retranscription de Gérard Galtier (février 1999) à partir de la Version de Malamine Tandyan, communiquée à Charles Monteil, par lettre, entre 1944 et 1947, publiée dans le Bulletin de l'IFAN (série B) de janvier-avril 1967.

Wagadu Buruju
Dinwa [Dinga] bogu Sileyman Farisi yaa.
A nyi taaxunu Aljeri fana yaa yi. A do i jaman ferogo ken falle, ti i wa dagana taaxu-raxe muuru.
I ga gilli bire be, i da gijaanen katu.
I d'a wari gijaanen nwa, ti turun-xase (a ra ga nta xa gilli xasoyen maxa) a do karadigi-xase (a yintun su ga joxi xasoyen maxa) i wa kunmen nwa.
I baane yaa gan katta taaxu-raxe koyini i ya.
I d'i muuru ma i g'i walla. I jonwa turunwen nwa.
I ti a da : « O na taaxu-raxe yaa muurunu ; o d'a wari gijaanen nwa, ti an do kardige yaa nan siri a koyini o ya ».
Turunwe ti : ike xaso ; i ra nta hari gilli i batten nwa.
I ti a da a na duru xoto ; i na a haajun jaara. « Foofo an g'a mulla, o n'a nya an da.»
A ti i da : « Xa ra nta a da ; ke be ga in senben saagana in nwa, a nt'axa maxa. »
I ti : « Ken ni manne ? » A ti : « Kame si fure, koota su baane, ma xasu sikki do bito tanmi gan timme. »
I ti i dunwe. I ti a na karadige koyi i ya. A d'a koyi i ya. I ga d'a wari, i ti a da : « O na taaxu-raxe yaa muurunu.
Gijaanen ti o n'an tirindi an do turunwe. O da turunwe wari. A toxo an yaa.»
Karadige ti : i xaso ; i ra nta xa kanpini ; i yintun su joxi. I ti a da : a na duru xoto ; i na a haajun jaara. A ti i ra nta.
I ti a da : « Fo ko o g'a nyaana, a g'an yintun saagana an nwa. » A ti i da : « Xa ra nta a da. » I ti : « A ko.»
A ti : « Kame sin-len-fure, koota su baane, ma xasu sikki do bito tanmi gan timme. » Dinwa do i soro dunwe.
I d'a nya me naxa yontande. Koota su, ka na si bagandi turunwe da.
Ka tana na sin-lenme bagandi karadige da.
Xaso ga timmene, turunwe saage bakka i kunmen nwa. Karadige xa yintun bogu.
Xasu-fillandi ga kara, turunwe saage yiilene, bito karagi terende. Karadige xa saage kanpini.
Bire be xasu sikki do bito tanmi ga timme, turunwe do karadige saage i moxo-fanan nwa.
I senbun su saage i ya. I ti Dinwa da : a na taballen sendi.
Dinwa d'a nya. I da daga-kootan kutu.
Dimma be kootan ga ri, turunwe ti Dinwa da : « Inke na ware kaane ; karadige na taballen wutu i taani naxa ; an n'in batu an do an soro ; karadige na toxo kanpini in kanma.
In ga na xaasa noqqu be, karadige na taballen fitta no.
Non yaan nyaana an taaxuran nwa. Bire be o ga na fate me, an na taballen katu. Ken bire, an n'a wari fi be ga nyaana. »
Dimma be ke sefe ga nyame, i ware killen nwa. I toxo terene ke moxo ya, ma i ga kinyene Kunbi, Walata kanma.
Turunwe xaasa. Karadige da taballen fitta. Turunwe do karadige yille.
Dinwa da taballen katu. Biida xoore bogu i kunmen nwa. A da Dinwa tirindi a ga fo be muurunu.
Dinwa ti : « Taaxu-raxe. » Biida ti a da : « In yaa fo ni yere.
In nta an walla taaxunu a yi, ma an ga da laayidu wutu in da. »
Dinwa da laayidu tirindi. Biidan ti : a na i ku xusu-faranfare, xasanne su salle.
Dinwa d'i soro tirindi. I su dunwe. Biida d'i nyamari taaxen nwa. I da Kunbi nya toorintan-debe. Jamaanen taaxu. I da non xiri Wagadu.
A xooro, a kuure. A siro ma i ga tiini a kanmu nyi kanwen yaa texene.
Wagadu d'a wutu Adrar ma Tonbuktu kaara. Sooninko do Malinko baane yaa nyi gingini.
Xusunnen [nyi] kinini Biidan nwa siine wo siine. Ke xabiila na a kini yirigin nwa.
Kiteeren xabiila na a kini waaga. A toxo kinini ma a ga kinyene Yatabereni tan nwa.
I da Asiya Yatabere tobbe Biidan da. A lemine-yugo Mamadu Serexote Fisuru, a d'i kaafa linwonde joppa.
Kootan ga kinye, i da Asiyan yanba. I da a yonto katta Biidan nwa. Biida bogu katta a yi.
A ga ti i w'a ragana noqqu be ya, Mamadu Serexote Fisuru da a xannen kutu ti i kaafa.
I da siino nyeri nya ken falle. Kanme su ma texe i ya.
Bire-fo do nabure nyame. Gedun do ji-laqqun kaawa : o ri sanqi.
Wagadu kare kundun yaa. A kare Siiseni tooren yaa yi. Toorintan-toxo ni « manga » ya.
Xabiila gabe toori katta Wagadu ga kare.
Manga Dinwa renmun ni tunmu : Soxuna, Jaabi, Siise, Drame, Jaguraga, Gandeega.
Dinwa kappan-len-xooro ni ku ya : Jabira, Xomma, Saamasa, Silla Jamaane, Tanja, Gasama, Jaariso, Berete, Batyili, Wakkane Saaxo, Jaani Semega, Yatabere, Makkaji, Tunkara, Fisuru, Nyaxate, Fofana Bayigille, Baraji, Tuure.
I tiini ku yaa da : Wago.Sooninke gabe ro Malinkon nwa, Wagadu kare falle.


La légende du Wagadou (traduction en français).
C’est de Salmân le Persan [Salmân al-Farisî] qu’est issu Dinga. Il s’était d’abord installé en Algérie.
Il avait ensuite émigré avec son peuple, pour aller chercher un lieu d’habitation.
Au moment où ils partaient, ils consultèrent les cauris.
Ils virent dans l’oracle qu’une vieille hyène (qui ne pouvait plus se lever à cause de la vieillesse) et qu’un vieux vautour (dont toutes les plumes étaient tombées à cause de la vieillesse) se trouvaient dans un trou et qu’eux seuls pouvaient leur montrer un bon emplacement.
Ils les cherchèrent jusqu’à ce qu’ils les voient.
Ils commencèrent par l’hyène. Ils lui dirent : « Nous sommes à la recherche d’un lieu de résidence. Nous avons vu dans les cauris que c’est toi et le vautour qui sauront le mieux nous le montrer. »
L’hyène répondit qu’elle était vieille et qu’elle ne pouvait même plus se lever de sa place.
Ils lui dirent de faire des efforts et qu’ils satisferaient ses désirs. « Tout ce que tu veux, nous le ferons pour toi. »
Elle leur dit : « Vous ne pouvez rien faire ; ce qui me rendra ma force, vous ne l’avez pas. »
Ils lui dirent : « Qu’est-ce que c’est ? » Elle dit : « Cent cadavres de chevaux, un chaque jour jusqu’à ce que trois mois et dix jours soient achevés. »
Ils dirent qu’ils acceptaient. Ils dirent qu’elle leur montre le vautour.
Elle le leur montra. Lorsqu’ils le virent, ils lui dirent : « Nous sommes à la recherche d’un lieu pour nous établir.
Les cauris ont dit que nous devions t’interroger, ainsi que l’hyène. Nous avons vu l’hyène. Il reste toi. »
Le vautour dit qu’il était vieux, qu’il ne pouvait plus voler, que toutes ses plumes étaient tombées.
Ils lui dirent de faire des efforts et qu’ils satisferaient ses désirs. Il dit qu’ils ne pouvaient rien.
Ils lui dirent : « Indique la chose que nous devons faire, qui te rendra tes plumes. »
Il leur dit : « Vous ne pourrez pas y arriver. » Ils lui dirent : « Dis ce que c’est .»
Il dit : « Cent cadavres de poulains, un chaque jour, jusqu’à ce que trois mois et dix jours soient achevés. » Dinga et ses gens acceptèrent.
Ils firent entre eux un roulement : chaque jour, une famille fournirait un cheval pour l’hyène et une autre famille fournirait un poulain pour le vautour.
Un mois était achevé : l’hyène commença à sortir de son trou et les plumes du vautour commencèrent à repousser.
Quand le deuxième mois fut fini, l’hyène se remit à rôder en faisant des expéditions de cinq jours. Le vautour aussi se remit à voler.
Au moment où les trois mois et les dix jours s’achevèrent, l’hyène et le vautour étaient revenus à leur état primitif.
Toutes leurs forces leur étaient revenues. Ils dirent à Dinga de préparer un tambour. Dinga le fit.
Ils fixèrent le jour du départ. Au moment où le jour arriva, l’hyène dit à Dinga :
« Moi, je me mettrai devant. Le vautour prendra le tambour entre ses pattes. Tu me suivras avec tes gens. Le vautour restera à voler au dessus de moi. A l’endroit où je hurlerai le vautour jettera le tambour. Et là sera le lieu de ton installation. Lorsque nous nous séparerons, tu frapperas le tambour. A ce moment tu verras ce qui se passera. »
A l’instant où ces paroles furent achevées, ils se mirent en route.
Ils continuèrent à marcher de cette manière jusqu’à ce qu’ils arrivent à Koumbi, au dessus de Walata.
La hyène hurla, le vautour jeta le tambour. La hyène et le vautour s’en retournèrent.
Dinga frappa le tambour. Un grand python noir [le Biida] sortit de son trou.
Il demanda à Dinga ce qu’il cherchait. Dinga dit : « Un lieu pour m’installer. »
Le Biida lui dit : « Mon domaine est ici. Je ne te laisserai pas t’y établir sauf si tu prends un engagement envers moi. »
Dinga demanda quel était cet engagement. Le Biida lui dit qu’il devait lui donner une belle jeune fille à la fête de chaque premier mois [de l’année lunaire musulmane].
Dinga interrogea ses gens. Ils acceptèrent tous. Le Biida autorisa leur installation.
Ils firent de Koumbi une capitale. Le peuple s’installa. Ils appelèrent la région « Wagadou ».
Le pays grandit et prospéra. A tel point que l’on disait que ses pluies faisaient tomber de l’or.
Le Wagadou s’étendait de l’Adrar jusqu’à côté de Tombouctou. Les Soninkés et les Malinkés étaient les seuls à être côte à côte.
La jeune fille fut donnée au Biida chaque année (un clan la donne cette année ; un autre clan la donne l’année prochaine).
Elle continua à être donnée jusqu’à ce que ce que ça arrive au tour des Yatabéré.
Ils désignèrent Assia Yatabéré pour le Biida. Son amant, Mamadou Sérékhoté Fissourou, commença à aiguiser son sabre.
Lorsque le jour fut arrivé, ils parèrent Assia et la poussèrent vers le Biida. Le Biida sortit vers elle.
Il est dit qu’au moment où il l’attrapait, Mamadou Sérékhoté Fissourou lui coupa le cou avec son sabre.
Ils passèrent sept ans, après cela. Aucune pluie ne tomba sur eux. Les vivres et le bétail (fortune, capital) s’épuisèrent.
Les puits et les sources s’asséchèrent. Nous nous dispersâmes [nous les Soninkés].
C’est ainsi que le Wagadou s’est brisé. C’est sous le règne des Cissé qu’il s’est effondré.
Le titre du souverain était « manga ». De nombreux clans avaient régné avant que le Wagadou s’écroule.
Les fils du roi Dinga furent six : Sokhouna, Diabi, Cissé, Dramé, Diagouraga, Gandéga.
Les principaux compagnons de Dinga furent les suivants : Diabira, Khomma, Samassa, Silla Diamané, Tandia, Gassama, Diari So, Berté, Bathily, Wakané Sakho, Diani Séméga, Yatabéré, Makadji, Tounkara, Fissourou, Nyakahaté, Fofana Baygilé, Baradji, Touré.
Ce sont ceux-là qu’on appelle les « Wago ».
Beaucoup de Soninkés vinrent chez les Malinkés après la ruine du Wagadou.


M.SACKO 12/12



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