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Organisation de l’empire du Ghana.



Organisation de l’empire du Ghana.
(Selon le livre « l’empire de Ghana. Le Wagadou et les traditions de Yéréré »).

Le maitre du Wagadou était dit Kaya Maga ; soit « maitre », ma, du ciel « employée », ka ou ga.
Le Kaya Maga était plus qu’un empereur ou un roi : un chef suprême chargé du pouvoir religieux et judiciaire. Il était considéré comme étant en rapport direct avec Bida, donc responsable du contrat passé avec lui et de son culte, comme de l’obtention de l’or collecté qui lui était toujours remis avant toute distribution.
Le Kaya Maga était certes à la tête d’un immense empire, mais selon un statut particulier. Il était, comme nous l’avons dit plus haut, avant tout consacré au titre de « représentant » de Diabé Cissé, de « témoin » de l’accord passé par ce dernier avec Bida, et grand prêtre de son culte. Au même titre et pour les mêmes raisons, il rendait la justice : sa décision, prise après tous les examens nécessaires, était définitive et irrévocable. Sa seule présence à la tête de la communauté garantissait le pacte.
Consacré à la prospérité du Wagadou, il ne pouvait ni porter les armes, ni aller à la guerre. Ses représentants étaient les puissants chefs de région, et des chefs militaires, mais rien ne pouvait se faire sans son accord. Si l’or lui était remis avant toute distribution, c’était pour les mêmes raisons : il ne « possédait » rien, qu’un « pouvoir » symbolique. Il n’était pas chargé de la transmission des traditions socio-religieuses qu’on lui avait enseignées, ni de l’exécution des cultes : d’autres en étaient chargés à sa place et en son nom. Il parlait peu et, s’il devait répondre à un interlocuteur, son porte-parole répondait après l’avoir consulté. Et il ne conversait des « affaires du pays » qu’avec les chefs et les prêtres et jamais publiquement. Le Kaya Maga, juge suprême de son peuple, était « assis », silencieux, mai essentiellement « présent ».
Les regalia du Kaya Maga étaient nombreux. Les plus importants étaient des tambours (dime). Il y avait quatre tambours impériaux :
- Le premier, en or, était couvert d’une peau de taureau noir d’un coté et d’une peau de taureau rouge de l’autre : pour convoquer les nobles ;
- Le second, en argent, était couvert de deux peaux de bouc bariolé rouge et blanc : pour convoquer les chefs de clans et autres alliés ;
- Le troisième, en cuivre, était couvert de peaux de bélier : pour convoquer le peuple ;
- Le quatrième, en fer, avec n’importe quelle peau de chaque coté : pour convoquer les esclaves.
Ces quatre tambours étaient associés au culte de Bida.
Sous l’empire, la préparation des peaux, depuis le tannage jusqu'à leur mise en place sur leurs supports, nécessitaient un cérémonial auquel assistaient tous les généalogistes de Koumbi qui déclamaient et chantaient pendant les opérations.
Ces tambours étaient très hauts. Les peaux étaient ornées de dessins différents pour chacun d’entre eux. Des tissus à motifs de couleur, des signes et des franges recouvraient ces tambours et supportaient des amulettes. Les joueurs portaient aussi des tuniques couvertes de signes. L’instrument était posé incliné sur un support de bois et le joueur frappait alternativement ou ensemble les deux peaux : « male » en haut, « femelle » en bas. Ils utilisaient des baguettes ou de petites masses faites de même métal que le tambour qu’ils frappaient. Les joueurs de tambours étaient des Kousa ou des Kakolo parents à plaisanterie des wage.
Il y avait aussi un tambour de bois pour appeler les diverses classes d’âge des jeunes gens.
Ainsi, l’usage des tambours semble avoir été réservé à l’autorité et notamment au Kaya Maga . C’est d’ailleurs ce que souligne l’une des versions légendaires de sa geste, qui dit que Diabé Cissé a dû « soulever » quatre tambours pour accéder au pouvoir.
Les tambours impériaux des Cissé furent perdus pendant les émigrations. Ils ont été copiés en bois. Mais après les conversions des clans régnants, on les a utilisés pour faire l’appel à la prière.
La durée du règne de chaque Kaya Maga était représentée par une figure exécutée à Koumbi dans une petite construction réservée à cet effet. Elle était faite d’un trait horizontal réalisé dès l’intronisation, puis devait être surmonté de traits verticaux. Un Kousa, devant le dignitaire, exécutait après chaque circoncision un trait vertical appuyé sur le trait horizontal. Chaque figure avait une couleur associée à une étoile et à la date de naissance d’un monarque déterminé. C’est ainsi que la tradition a conservé la durée du règne de chaque Kaya Maga.
De plus les généalogistes gessere, après avoir récité l’histoire de la vie et de la mort de Dinga, la geste de Diabé, devaient pouvoir énoncer les tarero (généalogie, devise, titres) de tous les Kaya Maga qui ont exercé le pouvoir au Wagadou. Le Wagadou fut un pays riche, en hommes et en biens. Dès la fondation de Koumbi, il y eut autour du Kaya Maga une nombreuse cour, dont le nombre est rappelé symboliquement par les gessere qui l’honorent en déclarant qu’elle comportait « 9 999 personnes».

1- L’organisation politique et militaire était très précise. Elle comportait notamment :
- 12 patriarches conseillers, descendants directs des compagnons de Dinga. Ils avaient été choisis à cause de leurs connaissances et de leur personnalité. Les Kaya Maga les réunissaient pour étudier et discuter de toutes les situations, de tous les problèmes et de leurs solutions possibles, avant que ne soient convoqués les chefs de clans wage pour l’action.
- 18 généraux nana. Ces chefs de guerre étaient chargés de l’organisation de l’armée et de superviser les opérations sur le terrain. Obligatoirement 9 d’entre eux montaient des chevaux roux et les 9 autres des chevaux blancs.
- 12 Fado, gouverneurs militaires responsables des régions. Le texte mentionne toujours les 4 fado, qui furent gouverneurs des quatre premières régions mises sous leur responsabilité militaire. Au fur et à mesure de l’extension de l’empire, il y eut 12 « provinces » régies par 12 fado.
- 12 hida, officiers supérieurs, et 18 éclaireurs, montant aussi des chevaux blancs et des chevaux bais : le retour de ces derniers indiquait que l’ennemi était en vue. Le soin avec lequel sont précisées les couleurs des montures des généraux et des éclaireurs témoigne à lui seul l’importance du cheval dans la société Soninké traditionnelle.
- 7 notables chargés de surveiller les wage afin que tous les interdits soient respectés. Ils étaient secondés de 7 assistants.
- 4 responsables de le police, dits samasa duara dyuwara. L’armée comprenait des cavaliers, des chars, une infanterie à pied ; les guerriers étaient tous armés, soit d’armes de jet, soit de lances, soit d’arcs et de flèches empoisonnées.
Les guerriers construisaient eux-mêmes leurs chars. Ceux-ci étaient très légers : les jantes étaient confectionnées avec un assemblage de trois branches de bois de nombo, sorte de rotin flexible et très solide, ceinturé par des lanières de cuir. Les rayons, au nombre de quatre, les moyeux, l’essieu, le timon étaient en bois de kapokier ainsi qu’une plateforme de petite dimension recouverte de cuir. Elle supportait un seul guerrier muni d’un arc (tombe), d’un carquois contenant des flèches (gundayi). Très léger, le char était tiré par un seul cheval.
Lorsque les Soninké voulaient prendre un village, on battait d’abord le tambour de guerre, car on ne partait pas à l’attaque sans prévenir l’ennemi. Les éclaireurs à cheval et armés de lances partaient les premiers. Les chars lancés au galop les suivaient et encerclaient l’agglomération en tournant dans le sens inverse des aiguilles d’une montre de façon que le monteur puisse tendre son arc de la main droite. Derrière eux venaient les archers à pied; quand l’ennemi était vaincu, tous étaient capturés par ces derniers, qui tiraient ensuite des flèches enflammées pour mettre le feu aux habitations.
Quand les Soninké eurent pacifiés les régions qu’ils avaient occupées, organisé l’empire, ils renoncèrent aux entreprises guerrières. Ils conservèrent toujours une armée à pied et des cavaliers, mais ne confectionnèrent plus de chars d’attaque.

2- L’organisation sociale n’était pas moins précise. C’est ce dont témoignent les références de la tradition de Yéréré qui énumère fréquemment le nombre des « fonctionnaires » qui avaient la charge des tractations commerciales ou autres, comme des adjoints aux responsables des rites religieux et familiaux (mariages, baptêmes, circoncisions, funérailles, etc.). En particulier sont souvent rappelés les interdits stricts qui réglaient les rapports qu’avaient les wage avec les artisans, les autres castes, les esclaves.
D’autre part, on connait l’importance des unions matrimoniales pour lesquelles on devait observer des règles de parenté précises. Tous les habitants devaient aussi respecter des interdits associés aux cultes Soninké et Kakolo.
Koumbi devint une capitale importante qui comptait 51 quartiers portant des noms ; tous les habitants étaient classés, répartis séparément suivant les ethnies, les clans, les activités. Le vaste terrain où s’étaient édifiées ces agglomérations n’était pas pierreux mais couvert de sables où poussaient en grand nombre des euphorbes (badaagare). Les distances étaient considérables entre les divers quartiers.
Diabé se fit construire un palais fait de pierres, comme d’ailleurs le seront toutes les habitations des « nobles » de Koumbi. Les blocs étaient prélevés au loin puis stockés à Koumbi Diouf, quartier des esclaves, qui les taillaient et les transportaient là où l’on édifiait une habitation. Un quartier était consacré à l’élevage des chevaux et aux croisements effectués pour maintenir et multiplier les naissances des meilleurs coursiers. Un autre quartier, où vivaient les Kousa, collecteurs de l’or qu’ils remettaient au seul Kaya Maga, était situé près du gouffre-labyrinthe où vivait Bida ; ils étaient chargés de la surveillance des lieux afin d’éviter toute incursion, toute effraction et toute rupture d’interdit.
Koumbi Saleh était le lieu du marché où se rendaient les caravaniers, où logeaient les commerçants et les étrangers de passage, où affluèrent pendant toute la durée de l’empire les diverses denrées et objets, où avaient lieu les échanges et les tractations. Quand au quartier impérial Kalaata, il se trouvait à plusieurs kilomètres de distance, loin de l’endroit où vivaient les étrangers. Ces derniers ne devaient en aucun cas y pénétrer, ni même « entendre de loin » les rythmes et les chants entonnés lors des cérémonies. Le quartier où vivaient les gessere se nommait Mallaara.
C’est sur l’emplacement où se trouvait Koumbi Saleh que l’on effectua des fouilles successives qui permirent de dater les lieux (cartes Mauny) et de constater notamment que ce quartier de « passage » construit tardivement fut longtemps occupé et fréquenté bien après la ruine de l’empire comme en témoignaient les publications en langue arabe des voyageurs des Xe et XIVe siècles.
On devra consulter les exposés de R. Mauny, qui procéda lui-même aux fouilles effectuées en 1949 et en 1951. Il a précisé les noms des archéologues qui l’avaient précédé, de ses collaborateurs, de ceux qui ont poursuivi ce travail, comme les résultats obtenus, les datations.
Dans une autre intervention, il souligna, devant la carte qu’il avait établie, la certitude acquise de l’existence de distances considérables séparant les agglomérations, Koumbi Diouf est à trente kilomètres de Koumbi Saleh sur le trajet des caravanes. Il a aussi mentionné le lieu-dit Dali-Koumbi, situé dix kilomètres à l’est, qui n’a pas encore été fouillé et pourrait être le quartier impérial ; dali, signifiant « très haut », est un qualificatif ayant pu être accordé à l’empereur.

M.SACKO 03/13



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