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La mort d’Asyan (ou Asya ou encore Siya) Yatabaré.





La mort d’Asyan (ou Asya ou encore Siya) Yatabaré.
(D’après Tudo YARESI . 1898)

Lorsque la vie eut reprit son cours ordinaire, Mamadi pensa que le moment était venu de sonder les sentiments d’ Asyan à son égard.
IL alla la trouver, lui parla de leur amour si tragiquement interrompu, et fut heureux de constater qu’elle l’aimait autant qu’autrefois.
Tout a coup, elle parut sombre et inquiète :
« Qu’as-tu ? », lui demanda-t-il.
« Je souffre violemment de la tête. »
« Que fais-tu, d’habitude, pour te soulager ? »
« Oh, le remède est trop rare pour que je puisse m’en procurer sur l’heure, et c’est pourtant le seul efficace. »
« Si rare et si précieux soit il, indique- le moi pour que je le recherche tout de suite ! »
Alors, paraissant sereine, et heureuse d’éprouver son ami :
« Il faut », dit elle, « me passer sur le front la moelle de l’os d’un doigt humain.»
Tirant son couteau, Mamadi se trancha l’annulaire de sa main gauche et, prenant la moelle, il en frotta le front de son amie, qui se déclara aussitôt soulagée. Alors, elle se montra charmante, tandis que lui, surmontant sa souffrance, la comblait de caresses et lui demandait une nuit d’amour, qu’elle lui accorda pour le lendemain.
A l’approche du rendez-vous, Asyan fit venir une de ses esclaves, jolie qui lui était dévouée. Elle la revêtit de ses effets personnels, lui mit ses propres bijoux, l’installa sur sa propre couche, et lui ordonna de se laisser faire, sans mot dire. Bientôt parut Mamadi, superbement vêtu et rayonnant de bonheur. Il entra dans la case et, trompé par l’obscurité, les vêtements et les atours de la fille, pensa avoir atteint le but de ses désirs.
Au matin, on frappa rudement à la porte, et la voix d’Asyan se fit entendre :
« Eh bien, paresseuse, lève-toi ! Ah ! On voit bien que tu n’es pas seule aujourd’hui : voilà trois fois que je t’appelle, et tu ne réponds pas. Allons, vite, va me chercher de l’eau ! »
Réveillé tout à coup, Mamadi demeura atterré. Il sorti pour s’expliquer avec Asyan, mais celle-ci, hautaine et méprisante, lui jeta :
« Je ne me suis jamais abaissée à répondre aux hommes qui ont dix doigts ; comment toi, qui en as que neuf, oses-tu m’adresser la parole ? »
Anéanti par cette féroce allusion, le malheureux Mamadi s’en fut sans mot dire, mais bien résolu à se venger.
Il alla trouver un grand marabout, très renommé, lui exposa ses malheurs, et lui offrit dix esclaves contre un philtre susceptible de lui ramener l’amour de son amie. Le marabout écrivit quelques lignes sur un papier qu’il remit à Mamadi, en lui disant :
« Mets ce papier dans du beurre et donne la pommade ainsi obtenue à la coiffeuse de ta belle, pour qu’elle lui en oigne les cheveux. »
Mamadi se gagna la coiffeuse, moyennant cinq esclaves. Dès que sa chevelure eut été enduite de la pommade magique, Asyan, dévorée de désir, fit chercher Mamadi à trois reprises. Les trois fois, Mamadi répondit au messager :
« Dis à ta maitresse que je n’ai que faire d’une fille comme elle ! »
Puis Mamadi habilla son palefrenier de ses effets personnels, le parfuma comme lui-même, et lui ayant expliqué ce qu’il attendait de lui, il l’envoya prendre sa place auprès d’Asyan, en résumant ses recommandations dans cette brève formule :
« Va, agis, mais ne parle pas ! »
Dans l’obscurité, la jeune fille se crut comblée, et le silence du taciturne Mamadi ne l’étonna point.
Le lendemain, Mamadi survint à cheval, menant grand tapage ; criant très fort, il frappa à la porte de la case et appela son palefrenier :
« Eh bien, en as tu de l’audace, de venir passer la nuit avec ma bonne amie ! »
Puis il franchit le seuil et se dirigea vers la couche : mais le captif s’était esquivé et Asyan était morte.

N.B. : Quant à Mamadi, il a fini ses jours bien plus tard dans le Soroma, canton proche de celui du Dyombokho, et où l’on trouve encore ses descendants.


M.SACKO 12/12



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