Faire connaître l'Histoire des Soninké - Valoriser la culture et la langue Soninké.
 


Transfert des cultes Soninké et Kakolo.
VI. Le yenendi (Simiri) des Sorko du Niger.
(Ou les évocations du culte de Bida).


Transfert des cultes Soninké et Kakolo.
VI. Le yenendi (Simiri) des Sorko du Niger.(Ou les évocations du culte de Bida).
(Selon les livres:
- La religion et la magie Songhay.
- l’empire de Ghana. Le Wagadou et les traditions de Yéréré.)


Photo: Cérémonie de sacrifice sur un vase, le hampi.

Le culte de Bida fut abandonné par les Soninké convertis et dispersés qui ne purent rétablir leur autorité politique. Certains clans furent intégrés lors de l’organisation de l’empire du Mali, où ils acquirent le titre de « marabouts du Mandé ».
Ce culte est nettement mémorisé au Mali, comme nous l’a révélé Diarra Sylla, lors de la réfection septennale du sanctuaire de Kangaba. Il en est de même, d’autre, dans une région bien éloignée du Mandé où d’autres Soninké se sont refugiés, fuyant la sécheresse. Il s’agit du yenendi, rite annuel le plus important des Sorko du Niger, qui a pour but d’obtenir des puissances spirituelles, Torou, la pluie nécessaire aux récoltes.
Un sacrifice est fait le premier jeudi du septième mois après la fin de la saison des pluies sur un vase, le hampi, que l’on a rempli d’eau ; on renverse ensuite le vase, l’eau qui coule est comme la pluie qui « rafraîchit » la terre. Elle « rafraichit » aussi les Torou, et en particulier Dongo, « maitre du tonnerre », qui, apaisé, « enverra moins de foudre et davantage de pluie ».



Photo: Hommes qui font la pluie.

Jean Rouch avait filmé en 1951 la cérémonie de Simiri. Il a poursuivi ses enquêtes sur ce sujet et, en 1989, a écrit dans son livre (La religion et la magie Songhay, pp. 335-336) :
« Vingt ans plus tard, en revoyant ce film, le petit-fils de Wadi, Daouda Sorko, actuellement responsable de Yenendi de Simiri, m’a donné une interprétation supplémentaire du sacrifice du soir au vase hampi : il s’agit là de la commémoration du meurtre du serpent Bida, qui était responsable de la pluie et de l’or du Wagadou, le vieil Empire du Ghana, le premier Etat connu d’Afrique Occidentale. Les traditions des Soninké concordent toutes sur cette catastrophe. Bida ne donnait l’eau et l’or qu’à la condition de recevoir, en sacrifice, la plus belle jeune vierge du Wagadou. Mais, un jour, le fiancé de la jeune fille coupa la tête du serpent Bida qui sortait de son puits pour y entrainer sa victime : ce fut la ruine du Wagadou, la sécheresse et le début de la diaspora des Soninké.
Pour Daouda Sorko, ce meurtre ne fut possible que parce que les assistants devaient se retourner et ne pas regarder le sacrifice, comme le font les assistants du hampi de Simiri. Le trou sur lequel est posé le hampi représente, en fait, le puits du serpent Bida.
La tradition de Simiri rejoint alors la tradition Soninké et la complète.
Les ancêtres de Wadi étaient responsables du culte du « serpent du Mandé » (le serpent Bida), et le fiancé assassin, leur neveu-assistant. Daouda nous donna tous les détails : la jeune vierge était conduite à cheval au bord du puits. Après avoir demandé aux assistants de se retourner (car la vue de la tête du serpent pourrait les rendre fous), le prêtre du culte appelait le serpent trois fois de suite. Au premier appel, le serpent grognait ; au deuxième il grognait encore mais sortait sa tête ; au troisième il grognait plus fort et se dressait pour saisir sa victime. Le neveu-assistant profita de cette troisième apparition pour lui couper la tête. Les fideles ne se rendirent compte de rien (ils ne remarquèrent pas que la tête coupée du serpent grognait des menaces terribles). Le prêtre ne put (ou ne voulut) pas arrêter son neveu qui s’enfuyait avec la jeune fille. Le prêtre dit aux fideles de repartir vers le village. Ce qu’ils furent, toujours sans se retourner (comme le font, aujourd’hui, les assistants du Yenendi de Simiri). Cela donna tout le temps au neveu de s’enfuir à cheval avec sa fiancée vers le sud, il serait allé jusqu’ ‘au pays Bambara…
Le prêtre du Bida dut quitter alors le Wagadou desséché, il se refugia sur les bords du fleuve Niger, vers Tindirma. C’est de là que partirent les migrants Zarma, avec ce prêtre (ou ses descendants) comme guide. Il les emmena jusqu'à Simiri, où il posa le premier hampi et où il continua à commémorer le sacrifice du serpent du puits, accompagné par le sacrifice étrange des poulets noirs et blancs dont on coupe une aile et une patte que l’on place dans le trou du puits et où on les enterre vivants.
Ainsi la tradition orale rejoint le mythe, dans ce pays Songhay-Zerma où, aujourd’hui encore, les griots parlent la langue Soninké, la langue du vieux Wagadou… »


Photo: Rituel d'initiation d'une jeune femme songhaï, au Niger, à la danse de possession pour "Kirey", le génie de la foudre.

D’une toute autre façon et dans une autre région encore, les émigrés du Wagadou ont rappelé la vie de Bida. Dans une « sortie de masques » Bozo et Soninké que nous avons observée à Senzani (Sansanding de la carte) en 1954, apparut un serpent de plus de douze mètres de long fait de tissus de coton blanc zébré de traits noirs. Il était manipulé par plusieurs jeunes gens qui avaient pénétré à la suite l’un de l’autre dans ce large tuyau souple. Ils lui furent traversés en ondulant la place publique, au son des tambours. Puis, lorsqu’ils atteignirent un mur d’habitation qui fermait la place à l’ouest, ils le firent se dresser en hauteur, tête en avant, contre cette paroi : c’était, nous a-t-on dit à ce moment, « Bida venu saluer le mur des Cissé », dont la demeure principale se trouvait là. L’apparition de ce masque était impressionnante, suggestive ; elle évoquait à elle seule l’histoire du Wagadou.


M.SACKO 06/13



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