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Les Kousa.



Les Kousa: Tounkara, Soumaré, Koumaré, Kanko.
Les Kusantagé: Simagha, Sagoné, Saaresi.
(Source : l’empire de Ghana. Le Wagadou et les traditions de Yéréré (Livre).


« Il est dans la nature de l'homme d'opprimer ceux qui cèdent et de respecter ceux qui résistent. »

Comme nous l’avons vu, certains membres des occupants vaincus et assimilés par Dinga l’avaient accompagné lors de son retour à Sonna (Assouan).
Certains d’entre eux sont revenus avec Diabé jusque dans le sahel et ont assisté, notamment, à la prestation de serment de ce dernier à Bida.
Lorsque la pluie était tombée, les captifs ramassaient les paillettes d’or dans les cours d’eau, sous la surveillance des membres de ce groupe, qui les recueillaient dans des sacoches de cuir et les rapportaient à Diabé. Ce dernier avait réuni tous les wage qui l’avaient accompagné et leur avait déclaré que ces collecteurs étaient des guerriers nommés Kousa, qui s’occuperaient des « affaires » du Wagadou et interviendraient à titre d’exécutants dans les cérémonies religieuses, familiales (mariages et funérailles).
(voir aussi la version : de l’origine, de l’organisation sociale et politique des Kousa recueillie et publiée par C. MEILLASSOUS dans La dispersion des Kousa ainsi que les informations sur leurs généalogistes kusantage).
Ils furent dès lors payés pour leur travail.
Le quartier où ils habitaient à Koumbi portait leur nom : il était proche du labyrinthe où vivait Bida, labyrinthe dont ils furent chargés d’être, nuit et jour, les gardiens vigilants, interdisant à quiconque l’approche des lieux. De plus, étant des palefreniers compétents, ils s’occupaient des chevaux du Kaya Maga.
Les Kousa ont d’abord formé trois clans, les Tounkara Dyobaké, les Tounkara Waramé, les Tounkara Kélé.
Les Fasama, du clan Tounkara Dyobaké, furent dès l’origine des Kousa liés par serment aux wage, dont ils furent les meilleurs conseillers. Considérés comme supérieurs, ils étaient chargés de l’organisation de toutes les cérémonies officielles : rien ne se faisait sans eux.
Les Kousa des trois premiers clans Tounkara avaient aussi la possibilité, le pouvoir d’agir sur la pluie. Car, dit la tradition, « Quand un membre de l‘un des clans nobles désirait demander la pluie, il quémandait trois hommes de l’un ou l’autre de ces trois clans d’origine, qui n’avaient jamais eu de rapports sexuels avec une femme peule.
Les officiants se dévêtaient et mettaient de petits cache-sexe en peau. Deux d’entre eux secouaient une gourde, instrument rituel contenant des petits cailloux dont le bruit devait provoquer l’apparition de nuages.
Le troisième ouvrait une tranchée dans le sol, sacrifiait un coq rouge, jetait des noix de cola rouge ; puis il se plaçait sur la tète, les mains au sol et les pieds en l’air pour réciter des incantations.
Les autres assistants tournaient autour de lui en secouant leur gourde pour obtenir le groupement des nuages et la chute de la pluie.
Outre les Tounkara, sont Kousa des clans portant les patronymes suivants : Soumaré, Koumaré, Kanko.
Les Kousa étaient des serviteurs dévoués (worokane) qui non seulement rapportaient fidèlement au Kaya Maga l’or recueilli, mais gardaient les lieux où vivait Bida et effectuaient les sacrifices offerts par les wage dans la plupart des cultes. A ce titre, on leur donnait toujours le bras du dos et la queue des animaux sacrifiés, sauvages ou domestiques, que les wage ne consommaient jamais. Lorsqu’ils recevaient ce don, ils l’apportaient à leur doyen et ne mangeaient que si ce dernier les y autorisait.
Quelle que puisse être la gravité des problèmes collectifs, quelle que soit la conduite des membres de ces clans, aucun wage ne pouvait ni se courroucer contre eux, ni les punir, ni leur refuser ce qu’ils demandaient ; car, comme nous l’avons dit plus haut, ils faisaient partie des anciens habitants du sahel, de ceux qui avaient accompagné Dinga jusqu’à Sonna (Assouan) et qui étaient revenus au Wagadou avec Diabé. Et que, bien qu’ayant été vaincus, ils furent dès le début intégrés sur un plan particulièrement élevé à l’organisation sociale et politique régie et imposée à tous les habitants des régions conquises par les Soninké.
Cette situation particulière est à l’origine de l’affectation aux Kousa d’une caste de généalogistes musiciens.

En effet, « quelques temps après la fondation de l’empire (sans qu’il soit possible d’en préciser la date), les Kousa demandèrent au Kaya Maga de bien vouloir charger des familles de perpétuer leur histoire. Ce dernier accéda à leur demande et chargea des travailleurs du bois et des forgerons de cette fonction. Ainsi naquit la caste des Kusantage, c'est-à-dire des « forgerons des Kousa ». Ceux-ci étaient à l’origine, dit-on, au nombre de quarante familles, mais il n’en reste, de nos jours, que trois qui sont : les Simagha, les Sagoné, les Saaresi. Les Simaga et les Sagoné sont dits supérieurs aux Saaresi, lesquels seraient d’ailleurs moins versés dans les traditions historiques que les deux autres clans.
Toutefois, les Saaresi se refusent à être considérés comme étant des Kusantage, « d’autant que, disent-ils, nous fumes à l’origine et demeurons après tout d’authentiques « forgerons » exerçant le métier de « forgerons », à savoir abattre les arbres, tailler et creuser le bois, fabriquer des pirogues, des mortiers, des pilons, des sièges ». (Ces informations sont confirmés par Y. T. CISSE, dans : Actes de seminaires 1981, comme les Bambara et les Dogon, les Soninké nommaient « forgerons » les premiers artisans « maitres du feu », qui travaillaient le bois. C’est en utilisant des tectites qu’ils ramassaient, puis des roches ferrugineuses et lourdes, qu’ils procédèrent plus tard aux premières fontes et à l’extraction du fer).
La supériorité des Simagha est mentionnée dans les textes énoncés par Diaowe Simagha ; ce dernier précise que c’est un membre de ce clan qui fut le premier Kusantage et que les Sagone n’ont assumé cette fonction que bien plus tard. Il souligne que le nom de Simagha leur vient des relations particulières avec les chevaux : « ils dormaient dans la paille des chevaux, aimaient les chevaux et parlaient avec eux ».
(Et il souligne qu’avant d’être Kusantage et de recevoir leur patronyme actuel, ils portaient celui de Tounkara, comme les Kousa).
Il est bien certain que le rôle fondamental des Kousa en ce qui concerne Bida et la collecte de l’or, d’une part, leur ancienneté comme guerriers, d’autre part, les avaient associés aux wage qui régnaient, à un niveau très élevé.
S’ils n’exercèrent jamais le pouvoir, ils furent les premiers à obtenir que des familles soient consacrées à l’étude et à la conservation de leur histoire et de leurs traditions.
La relation avec l’or, dont les Kousa étaient chargés, mentionnée par leurs propres généalogistes, soulignent leur rôle important pendant l’empire tant que dura le culte de Bida.
« Les Kousa, dit Diaowe Simagha, possédaient quatre couteaux d’or enfermés dans des graines d’or que l’on allait chercher chez le Kusatange qui en était le responsable, le gardien, quand on devait raser la tète d’un nouveau-né Kousa et lui donner son nom, c'est-à-dire pour son baptême.
Une autre allusion rappelle cette relation lorsque la sécheresse et la ruine de l’empire du Wagadou les contraignirent à abandonner leurs fonctions et à devenir agriculteurs.
« L’abri que nous soutenions était d’or et d’argent, à l’ombre duquel s’asseyait Garaghé !... » Ils « abandonnèrent l’abri » et devinrent libres… mais « ce fut la fin des Kousa ! ».
Sur le plan de l’histoire, et certes avant ces événements, nous devons ici rappeler que quand Soundiata et sa mère se refugièrent au Wagadou, ils furent confiés par le Kaya Maga de l’époque à l’un des notables d’un clan Tounkara, certainement le plus important et le plus sûr.

M.SACKO 02/13



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