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Intronisation du Kaya Maga. (Empire du Ghana).



Intronisation du Kaya Maga. (Empire du Ghana).
(Selon le livre « l’empire de Ghana. Le Wagadou et les traditions de Yéréré »).

Le quarantième jour après la mort du roi, tous les notables se réunissaient près de la porte du palais, vêtu de blanc, portant leur lance. Les gessere se relayaient et récitaient leurs textes sans s’arrêter. Le soir venu, les habitants rentraient chez eux, sauf les dignitaires qui, assis sur des peaux de bœuf blanches, attendaient la venue de Bida.
Car la tradition, qui ne veut pas révéler comment les responsables choisissaient, désignaient le dignitaire, attribue ce choix a Bida lui-même. « Celui-ci sortait vers minuit, se frottait sur les individus présents et laissait ses poils sur l’un d’eux qu’il désignait ainsi pour assurer la charge ; le nombre de poils dont il était couvert était censé indiquer la durée de son règne. »
Le nouveau chef devait s’assoir sur une peau de taureau âgé au moins de dix ans. Devant les gessere, les forgerons et le chef des esclaves, l’animal était sacrifié sur le seuil de l’entrée principale du palais. Il était dépouillé et la peau, fixée sur le sol, était mise à sécher; on la retournait pour qu’elle soit complètement sèche. La couleur de l’animal avait une valeur symbolique :
-si on désirait l’abondance, on sacrifiait un taureau noir ;
-si on voulait la guerre, un animal rouge ;
-la victime devait être blanche si l’on voulait le bonheur et la paix.
L’estrade du chef avait été consacrée déjà du temps de Diabé Cissé : elle était faite d’argile prélevée dans une mare ; elle recouvrait une jarre contenant de l’or, fermée à l’aide d’un couvercle d’or et surmontée d’une dalle de marbre sous laquelle reposait la tête d’un albinos. On posait la peau sur l’estrade ; puis on la recouvrait d’un tissu rayé dont les raies convergeaient vers le centre où était ménagée une surface circulaire entièrement blanche. Le postulant devait s’assoir au milieu du tissu : les raies représentaient l’étendue du pays et la foule qui entoure son chef.
Au milieu de la cour, un poteau très haut et fourchu soutenait une clochette de métal (en cuivre rouge) accrochée à une bande de coton blanche : le vent faisait tinter la cloche qui ainsi chassait les « mauvais esprits » et les sorciers. Encore actuellement, une bande de coton blanche est suspendue au milieu du linteau de la porte d’entrée du vestibule de l’habitation principale des Soninké vivant dans le sahel.
Après le repas du soir, tous les membres de l’agglomération se réunissent devant le palais.
Alors, les Kousa de service allaient chercher le futur dignitaire dans sa demeure où il était resté en attente : ils l’habillaient de tuniques teintes en wolo, le coiffaient d’un bonnet à oreilles entièrement recouvert de pierres et de métaux précieux, de miroirs scintillants. Une bande de coton dont on faisait un nœud se plaçait sur le front et maintenait cette coiffure, les pans descendant sur la nuque et le dos : le nœud contenait une amulette. Ils le chaussaient de sandales dont la semelle était maintenue par des lanières de peau de vache gravées de signes réalisés au fer rouge. Le postulant portait à l’annuaire gauche une grosse bague en or qu’il frappait contre une autre bague de même métal passée au pouce pour saluer les visiteurs et les remercier ainsi sans parler. Les Kousa, alors, le conduisaient et le faisaient asseoir sur l’estrade et posaient près de lui sa lance et son sabre.
Toute la population convoquée par le son du tambour de cuivre défilait en lui apportant des dons. Les gessere avec leur lance marchaient en tête et récitaient les devises de sa famille. Les grandes lois de l’empire étaient ensuite énoncées par l’intronisé et répétées à haute voix par les généalogistes. Ceux-ci se relayaient sans discontinuer pendant la nuit et le jour suivant. Enfin, le soir, ils récitaient des bénédictions pour le bien du nouveau chef « assis sur la peau » et de l’empire.
On procédait aussi à des sacrifices sur une pierre placée à l’entrée de la concession : bœuf blanc, bœuf rouge, volailles blanches et rouges et bouillie de petit mil.
Le lendemain, les « forgerons » intervenaient à leur tour : ils dansaient en brandissant des haches tandis que leurs femmes chantaient accompagnées du jeu des instruments de leurs généalogistes, les Soumounou. Le troisième jour, c’était le tour des esclaves d’exécuter des danses grotesques en déclamant des plaisanteries, voire des insultes, témoignant ainsi des relations particulières de mise ce jour là.
Après son intronisation, le Kaya Maga s’asseyait toujours sur la peau de taureau qui avait été placée sur l’estrade pour la cérémonie. Cette peau l’accompagnait dans tous ses déplacements, à l’intérieur du palais comme à l’extérieur. Lorsqu’elle était usée, on exécutait le même sacrifice que celui qui avait été réalisé pour l’intronisation, on la séchait et elle remplaçait alors l’ancienne. A la mort du dignitaire, la peau était enroulée et conservée jusqu'à la majorité, c'est-à-dire la circoncision, de son fils ainé. A ce moment-là, on lui remettait la peau qu’il pouvait utiliser pour s’asseoir.

M.SACKO 03/13



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