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L’Empire de Ghana (Extraits de : l’Eclipse des Dieux).
De Tidiane N’Diaye, Anthropologue et économiste(Franco-Sénégalais).


Photo : Tidiane N’Diaye, Anthropologue et économiste(Franco-Sénégalais).

L’Empire de Ghana (Extraits de : l’Eclipse des Dieux).
De Tidiane N’Diaye, Anthropologue et économiste(Franco-Sénégalais).
Tidiane N'Diaye est le premier chercheur africain dont les travaux (Traite négrière arabo-musulmane, Le génocide voilé, à propos de la traite arabe) ont été nominés au Prix Renaudot de l'essai en 2008.

De nombreux commerçants, chevaliers et diplomates, venus du monde arabo-espagnol de Séville ou de Tolède, furent éblouis par les merveilles du palais de Koumbi Saleh, la capitale de l’empire de Ghana. Le savant africain Mahmoud Kati, de l'université de Tombouctou, situe l'origine de cet empire au début de l'ère chrétienne. Plus proche de nous, l’ancien royaume sarakholé de Wagadou deviendra, au IIIème siècle de notre ère, un vaste empire s’étendant du haut Sénégal au haut Niger, englobant le Tékrour et le pays mandingue.
Le conquérant ayant donné cette dimension impériale au Wagadou avait pour nom Kaya Maghan (« roi de l'or »), ou « Ghana », le « chef de guerre. » En l’an 872 de notre ère, l’empire de Wagadou prendra le nom de Ghana avec pour capitale Koumbi Saleh, lieu de résidence du souverain.
Il est à noter que le royaume (et futur empire) de Ghana n'a rien à voir avec l'actuelle République du même nom, située dans le golfe de Guinée. C'est après l'indépendance de l'ancienne colonie anglaise, Gold Cost (« Côte de l'Or »), que son premier Président, N'Krumah, qui combattit pour l’indépendance de son pays, rebaptisera la république « Ghana » en hommage à l'ancien empire africain.
En fait, deux grands royaumes ont longtemps cohabité en Afrique de l’ouest, le Ghana et l’Aoudaghost. Le premier était dirigé par un roi noir, le second par un souverain de la tribu berbère des Sanhajas. Par la suite, la ville berbère d'Aoudaghost et le royaume de Gao seront annexés par le souverain ghanéen qui étendra ainsi son empire de l'Atlantique au Niger. Le Ghana, l’une des plus anciennes monarchies d'Afrique noire, fut fondé par les ethnies soninké et sarakolé. Les chroniqueurs ou géographes arabes, Al Bakri et Ibn Hawkal, rapportent que « l’empire de Ghana était riche et très bien organisé ». Ces historiens avaient beaucoup voyagé et écrit ; de Bagdad au Maghreb en passant par l’Espagne, peu de faits leur ont échappé. Ils affirmaient que le souverain le plus riche du monde était le monarque de Ghana et ce, grâce à l’or extrait des mines de Galam, Bambouck et Bouré.



Photo : "Un génocide voilé: la traite négrière arabo-musulmane".

A la tête de l’empire, le souverain Tounka poussait le raffinement jusqu'à faire coucher chacun de ses mille chevaux sur une natte. Ces animaux « anthropisés » avaient également droit à un pot en cuivre pour uriner, et étaient attachés à l’aide de cordes de soie. La plupart des citoyens de Ghana étaient des agriculteurs et des éleveurs, d'où le nom ancien de « Wagadou », qui signifie « pays des troupeaux ». Dans sa large majorité, la population de Ghana était composée d’ethnies noires, bambara, wolof, toucouleur, sérère et mandé, cultivateurs pour la plupart. Il comptait également des Sanhadjas, pasteurs berbères (Blancs originaires d’Afrique du Nord), et quelques groupes métissés.
Au Ghana et comme dans de nombreux royaumes ou empires africains, l’unité des peuples était souvent cimentée par des facteurs économiques, psychologiques ou culturels, mais rarement ethniques. Les Ghanéens étaient musulmans pour la plupart, quoique leur souverain et les dignitaires de la Cour fussent animistes. Chose étonnante, ni les griots africains ni les historiens arabes ne signalent de quelconque tension sociale ou politique du fait de cette dichotomie religieuse.
Le souverain naturellement tolérant, autorisera les musulmans à construire leur propre cité (Koumbi Saleh) avec autant de mosquées qu'ils le souhaitaient. On en dénombrera une douzaine en tout. Venus du monde arabe et d'Afrique du Nord, des voyageurs à dos de chameaux commerçaient dès le VIIème siècle avec l’empire, échangeant du sel, des cotonnades et des armes contre de la poudre d'or.
L’empire de Ghana connaîtra son apogée entre le IXème et le Xème siècle. Ce sont des envahisseurs nordistes qui allaient mettre fin à sa prospérité et à son rayonnement, avec à leur tête un certain Yaya Ibn Yacine, chef de la tribu des Lamtunis (Berbères du Sahara.) Décidé à éradiquer les pratiques musulmanes « animistes » en Afrique, cet homme mystique partit prêcher un Islam intégriste au Maghreb. Après un premier échec, vers l'an 1030, Yaya se retira sur une presqu'île du fleuve Sénégal pour s’y livrer à la méditation, en compagnie d'une poignée de fidèles disciples recrutés au Maroc et au Sahara, dont Yaya Ibn Omar et Abou Bakr. Un millier de personnes les y rejoindront, Yaya Ibn Yacine se chargeant de leur dispenser une formation religieuse et militaire. Cette confrérie fut baptisée par Yacine : Al Muralisme, « ceux du rassemblement. » Plus tard, les Européens déformeront ce nom en Almoravide. Celui-ci deviendra un ordre militaro-religieux, ses adeptes provoquant la guerre sainte dès 1042.
Pour s’emparer des mines d'or du Soudan et contrôler les voies d’accès, les Almoravides pousseront jusqu'à l’empire de Ghana. Lors de leur traversée des pays africains, ils recrutèrent des combattants hostiles à Ghana.
C’est à la tête d’une armée de quelque 30 000 hommes que ces bonnes âmes mirent à feu et à sang les provinces jugées réfractaires à l’enseignement de Mohamed. Ils convertirent au passage les peuples du Sénégal, notamment les Wolofs, Sérères et Toucouleurs, dont la plupart descendaient de Magzaras ou d’Ali Idrisi, du Maghreb.
Il est un fait, la plupart des royaumes environnants étaient préoccupés par la puissance de l’empire de Ghana. Ce fut à coup sûr la raison pour laquelle les monarques locaux s’allièrent avec les envahisseurs, contre Ghana, et épousèrent leurs thèses. Les Almoravides se scindèrent en deux corps combattants. Le premier aura pour mission d’attaquer le Maroc et de faire tomber Sidilmassa et Fès ; le second se dirigera vers le Ghana. Celui-ci se heurtera aux redoutables armées ghanéennes composées de 200.000 hommes, cavaliers, fantassins et archers réunis. Au terme de plusieurs années de combats, les Almoravides s’empareront de la place forte de Koumbi Saleh, en dépit d’une résistance acharnée des occupants. Et ce sera la fin de Ghana.

M.SACKO 09/13



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