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Les GESSERE


Les GESSERE.
(Selon le livre: l’Empire de Ghana. Le Wagadou et les traditions de Yéréré.)

«Tant que les lions n'auront pas de griots pour chanter leurs hauts faits, les histoires de chasse, continueront d'être chanter pour la gloire des chasseurs».

D’après la légende, Dinga était accompagné d’un compagnon fidèle nommé Guendounnan qui, monté à cheval comme lui, le suivait partout pendant toutes ses randonnées. Il chantait et récitait son origine, ses combats et ses victoires. Ce personnage fut dit « dimo », terme ancien pour designer le gessere, encore utilisé aujourd’hui dans les récits traditionnels des Soninké.
En effet ses descendants, qui eurent le même rôle, accompagnèrent Diabé (Maghan Diabé CISSE) lorsqu’il quitta Sonna (Assouan) avec ses frères et ses compagnons. Ils formèrent, au Wagadou, le premier groupe de généalogistes attachés, à cette époque, uniquement à Diabé. Ils lui prêtèrent serment lorsqu’il prit le pouvoir, comme le firent au même moment tous ses compagnons, puis les chefs des régions conquises. Peu à peu ces diverses « familles » étendues se constituèrent en clans et se donnèrent des noms. La tradition fut poursuivie, car certains de ces clans acquirent le droit de s’attacher eux aussi des généalogistes qui célébraient leurs hauts faits, énonçaient leur généalogie, leur histoire, leur devise.
A cette époque les gessere étaient considérés comme étant sur le même plan que les wage. Originellement wage, respectant les mêmes interdits, ils guerroyaient avec eux ; ils les aidaient, les conseillaient, participaient activement à toutes les cérémonies, dans lesquelles ils officiaient. Pour diverses raisons, dues en particulier à un interdit de mariage entre wage et gessere, ces derniers constituèrent plus tard une caste ; mais, encore actuellement, un gessere n’épouse jamais une fille d’une autre caste. ..


Ganda FADIGA, musicien et louangeur Soninké (né en 1949 à Maréna Diombokho au Mali, décédé le 19/09/2009 à Paris à l'âge de 60 ans), s'est forgé, au fil de sa carrière, l'image et la stature d'un dépositaire respecté de la culture soninké.

Nous savons l’extrême importance accordée par les sociétés d’Afrique occidentale à l’énoncé d’un texte, d’une phrase, voire d’un mot. Lesquels, par la force attribuée à la « parole orale », agissent à travers l’espace sur ceux qui les entendent. D’où le respect dont sont l’objet les « dires » relevant de la tradition ; d’où aussi la responsabilité qu’assument ceux qui en sont les détenteurs, les gardiens, et qui doivent les « parler ». Ceux qui disent « n’importe quoi, n’importe comment » sont l’objet de désapprobation et même de mépris.
L’emblème principal des gessere était une lance, « tame ». Elle avait un manche lisse ; le fer et l’attache étaient gravés de signes. Elle ne servait strictement que le jour du sacrifice offert à Bida, ou quand la collectivité des notables gessere devait aller faire une demande à un personnage important assumant l’autorité. Elle était conservée par le plus âgé d’entre eux. Lorsqu’il mourait, les femmes de sa famille, en chantant, transportaient la lance chez celui qui le suivait directement en âge et devenait son successeur. Elle était immédiatement mise à l’abri dans la case réservée de ce notable. Ce patriarche responsable était l’intermédiaire entre le Kaya Maga et les chefs des clans wage ; il était le porte parole du prince. « Personne ne peut, dit Kati, dans une audience royale interpeller le prince par son nom, sauf le « guissiridonke ».
Les généalogistes gessere avaient accompagné Dinga pendant ses voyages et chantaient ses conquêtes. A cette époque ils ont chanté le « dyandyo » en son honneur et pour la première fois après sa grande victoire à kayrouané, puis pour celles qui ont suivi. L’hymne était chanté sur le lieu même du combat puis ensuite dans l’agglomération conquise devant toute la population réunie ; le récitant était accompagné d’un « forgeron » qui jouait de la flute en se tenant derrière lui. Cet instrument avait une embouche de huit trous ; elle était jouée en oblique. Les wage ont gardé des exemplaires de ces instruments, uniquement réservés aux forgerons, jusqu’à la fin de leur dynastie en 1282. Elles étaient en cuivre ou en fer noir…
Allié, associé, un gessere assermenté, descendant de gessere venu avec Diabé CISSE, officiait rituellement et considérait qu’il pouvait, ni ne devait quémander, même si la nécessité l’y poussait, qu’à un wage, et jamais à un étranger. Car leur référence était d’abord à Diabé CISSE, le fondateur. Ils furent dès l’origine des historiens détenant les « actes de naissance » des wage et, comme on pourrait le dire aujourd’hui, leur « carte d’identité ».
Sur le plan de la légende ou du mythe, la guitare est sensée venir du fond du gouffre-labyrinthe de Bida et avoir été remise aux gessere par un «génie de la brousse», « tolkulâne ». Elle représente un mort. En jouant, le gessere évoque les défunts, dont il dit les noms et relate les hauts faits avec un objet qui représente un ancêtre disparu…

Les rythmes des gessere :
- Le « magara », nom collectif à un premier groupe de rythmes, comportait douze refrains représentant douze voix, chacune d’elles étant affectées à un domaine spécial. On a joué le « magara » du temps de Diabé CISSE pour rappeler la noblesse de ceux des wage qui le sont à la fois du côté maternel et du côté paternel et dont l’officiant retrace les généalogies des deux ascendants.
- Le rythme « nyaame » évoque les galops des chevaux avec lesquels ces hardis conquérants, le père et le fils, Dinga puis Diabé, ont traversé le nord de l’Afrique pour aller occuper le Sahel. Il rappelle l’importance de ces montures pour les Soninké. D’après la légende, il aurait été entendu près du gouffre de Bida par les « génies de brousse », qui avaient remis leur guitare aux premiers gessere. « Ce rythme serait actuellement une version allongée d’un nyaame antique joué en l’honneur d’une ascendante des six clans wage qui ont fondé l’empire du Wagadou. A Koumbi, il fut joué pour la première fois lors de l’intronisation de Diabé CISSE, après son serment à Bida, puis qu’il ait été selon l’expression « assis sur la peau ».

Avant la fin de l’empire, les gessere ont dû, par nécessité, se rattacher à ceux qui, en se succédant, ont pris le pouvoir ; ainsi ont-ils honoré les Touré. Puis les Nyakaté, puis les Dyouwara, qui, successivement, l’exercèrent dans certaines régions, et auprès desquels ils se sont réfugiés. Mais ils n’ont jamais pour autant abandonné leur fonction fondamentale de généalogistes assermentés, et ils respectent toujours les interdits que celle-ci impliquait. Et encore aujourd’hui, au cours d’une réunion où ont participé des griots, lorsqu’on dit en faisant un don « veuillez remettre ceci aux griots… » aucun gessere ne se lève pour le recevoir.
Les gessere officiaient toujours dans toutes les cérémonies familiales des membres des clans wage auxquels ils étaient attachés : ces jours-là ils devaient obligatoirement réciter toute l’histoire du Wagadou. Ils officiaient aussi collectivement en participant au culte de Bida, le jour où lui était offerte une jeune fille, en portant leur lance rituelle.

M. SACKO 06/2014




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