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Fin de l’Empire du Wagadou.
Fin de l’Empire du Wagadou.
(Selon le livre: l’ Empire de Ghana. Le Wagadou et les traditions de Yéréré.)

« Quand tu ne sais plus où tu vas, retourne-toi et regarde d'où tu viens. ».




Photo:Germaine Dieterlen est une ethnologue française, née le 15 mai 1903 à Paris, ville où elle est morte le 13 novembre 1999. Elle est l'auteure du livre: L'empire de Ghana, le Wagadou et les traditions de Yéréré.

Les conversions à l’islamisme avaient eu lieu parmi les membres des divers clans du Wagadou. Mais pendant longtemps il n’y avait eu ni conflit ni agression d’un côté comme de l’autre et les responsables des cultes traditionnels avaient toujours respecté le contrat passé avec Bida. Or Moudou Touré se convertit à son tour, poussé par des marabouts étrangers qui l’assuraient que l’islamisme le protègerait contre les « fétiches ». Il voulait lutter contre l’autorité jusque-là incontestée des Cissé. Certains membres de son clan et des clans Diané et Koma suivirent son exemple alors que les autres descendants des fils de Dinga restaient fidèles à la tradition. Un vaste complot fut réalisé pour la prise du pouvoir par les Touré, complot auquel participèrent certains clans Kakolo.
Les conversions sont évoquées de façon elliptique mais claire dans le titre d’honneur des Touré : Moudou Touré aurait gravi une hauteur, une « colline » située à l’est dans le Wagadou « pour combattre avec ses guerriers un ennemi » qui n’est pas précisé ; il y a là l’image de l’impact d’une religion supérieure. De plus, la « colline » est, sur un plan symbolique, à l’opposé du « gouffre » de Bida. Moudou Touré a, par son geste, attaqué les croyances traditionnelles, et Bida est mort. Bien qu’il soit devenu maitre de l’Empire, étant converti, Moudou Touré ne pouvait plus porter le titre de mâga. Les gessere lui donnèrent celui de madyu en tant que descendant d’un fondateur (litt. mâ maitre, dyu fondement, base).
Ainsi Moudou Touré régna sous ce titre. Les généalogistes énumèrent sa descendance, Wali Touré son fils et Nyara Wali Touré son petit fils. Nous ne savons pas aujourd’hui si ces derniers ont assumé le pouvoir après la mort de Madyou. Mais s’ils l’ont fait, le titre d’honneur révèle clairement que leur pouvoir et leurs biens matériels ont considérablement diminué, puisqu’ils ne pouvaient pas entretenir les gessere comme l’avait fait Sora Sadyo Moudou Touré, l’ancêtre glorieux.
La tradition de Yéréré relate les épisodes du complot, de la rupture serment et de l’abandon du culte de Bida.
La jeune Siyan était une Yatabaré, clan allié des Cissé ; l’ancêtre du clan était venu de Sonna (Assouan) avec Diabé. Elle est considérée, encore aujourd’hui, comme exceptionnelle, unique, car elle n’aurait jamais eu d’égale sur le plan de la beauté. Ses membres étaient souples et ne présentaient pas d’articulations aigues (cette particularité était traditionnellement l’un des caractères attribués à la beauté du corps). Tout le monde la courtisait et ses prétendants lui offraient des chaines d’or pour tenter d’ «attacher» son lit. Dix jeunes filles l’habillaient, la paraient, lui tenaient compagnie : dix autres passaient la nuit près d’elle. Aujourd’hui encore, si on loue une jeune fille très séduisante, on lui dit que, malgré tout, elle ne sera jamais aussi belle que l’était Siyan au Wagadou.
Le fiancé de Siyan, Mamadi seriyan Koté, était un Kamara, fils de la sœur de Wakané Sako, laquelle vivait à Sama, au bord du Niger, avec sa famille (kote signifie « courageux, intrépide »). Comme son oncle maternel, il faisait partie du complot tramé pour détruire le culte de Bida et éliminer les Cissé. Lorsque Siyan fut désignée, il donna son sabre à un forgeron pour qu’il soit aiguisé ; une « magie » était sous-entendue à cette opération. La légende, qui met l’accent sur la perte de l’or due à la sécheresse, relate que, lorsque Mamadi Kamara eut tranché les têtes de Bida, la première tomba dans la Falémé, la seconde au Bambouk et le troisième au Bouré, et que celui-ci cria : « Pendant sept ans, sept mois et sept jours, vous ne verrez pas un seul nuage et les wage ne ramasseront plus d’or ». Mamadi Kamara, s’enfuyant à cheval avec Siyan, se refugia chez sa mère à Sama. Il était ostensiblement poursuivi par son oncle Wakané Sako, qui voulait faire croire qu’il le désapprouvait, mais qui en réalité le protégeait. Lorsque ce dernier arriva chez la mère de Mamadi Kamara, celle-ci l’insulta, puis lui dit : « Pourquoi poursuis-tu mon fils, ton neveu ? ». Puis, comme elle savait ce qu’avait annoncé Bida, elle ajouta : « j’ai une poterie dans laquelle pourront venir s’abreuver tous ceux qui sortiront du Wagadou », désignant ainsi le Niger grâce auquel tous pourraient vivre.
Bida était mort ; le neveu était sauvé. Wakané retourna à Koumbi où Madyu Touré, qui avait pris le pouvoir, le protégea. Et la légende rapporte que la mère de Siyan, jugeant sa fille en partie responsable du drame, « nourrit pendant sept ans, sept mois et sept jours tous ceux qui, progressivement, quittèrent le Wagadou desséché pour se réfugier au bord du fleuve ».



Photo: Diarra Sylla, généalogiste de Yéréré, est mort à Bamako en 1991.

« Ainsi nous disait déjà en 1895 Louis Tautain, la mort du serpent de la légende soninké, c’est la sécheresse envahissant le Wagadou et les cultures cessant par suite. Les richesses des familles des fuyards, transformées en mil, permettent à une partie du peuple de rester, de se maintenir quelques temps dans le pays… La contrée se vida du nord au sud parce qu’ainsi marche le désert. »
Le culte de Bida fut abandonné localement par les Soninké après la prise de pouvoir par les Touré. Mais les représentations et les rites traditionnels dont sont l’objet divers serpents d’eau en Afrique occidentale seraient, pour certains, un rappel de son culte, ces reptiles étant considérés comme ses avatars dans les fleuves, les mares, les points d’eau. Ainsi Nikinanka, Tynaba, Saba minia ba Sokoro en seraient des témoins. Mais nous devons rappeler ici les caractéristiques de Bida qui, bien que jumeau, fut à la fois difforme et stérile : il exigea et reçut chaque année une jeune épouse, et cependant n’eut jamais de descendance. C’est là tout le contraire des représentations associées aux serpents dans la tradition d’ancêtres féconds et protecteurs de toute leur descendance.


M.SACKO 10/13



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