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Emigrations et dispersions des Soninké.



Emigrations et dispersions des Soninké.
(Selon le livre « l’empire de Ghana. Le Wagadou et les traditions de Yéréré »).

Les guerres, la sécheresse, les risques de famine et l’épuisement de l’or collecté ont contraint les Soninké de l’empire de Wagadou, qui peuplaient le Sahel, à émigrer par vagues successives à des époques diverses, vers le sud, sur les rives du Sénégal et du Niger, et notamment dans la région du Mandé.
La tradition compte cinq diaspora qui se sont échelonnées depuis plusieurs millénaires jusqu’au XIIe siècle de notre ère. Le pays a été progressivement ruiné par la sécheresse, car elle mentionne une alternance de périodes sèches et humides : les habitants, qui l’avaient quitté pour se refugier à l’est, à l’ouest ou près du Niger, sont parfois revenus sur leurs anciens habitats, pour en repartir plus tard.
« Les Kakolo avaient eu à souffrir cruellement des guerres menées contre eux par les Soninké. Aussi, par vagues successives, ils avaient émigré très tôt vers des lieux plus cléments. Un grand nombre de Sénoufo seraient les descendants de ces Kakolo émigrés ainsi que les Diallonké, les Bassari, les Koniagui, certains Malinké dits « noirs » et les Sérer qui se seraient installés au bord de la mer.
La première grande sécheresse « cassa » le Wagadou et fit évanouir sa prospérité. Cette sécheresse, nous dit Wâ Kamissoko (en 1972), désola l’Afrique Noire voici près de 3600 ans, contraignant les habitants du Wagadou à fuir vers les points d’eau du Sud. Un certain nombre de Soninké se seraient alors fixés sur les rives du Niger et du Sénégal et de leurs principaux affluents, alors que la majorité des Kakolo rejoignaient leurs frères installés depuis les guerres de Dinga et de Diabé dans le djallon, dans l’actuel pays Sénoufo et dans les montagnes mandingues. C’est ainsi que tous les Malinké (à l’exception des Traoré et des Koné) auraient pour ancêtres certains des Kakolo émigrés du Wagadou…
Le Wagadou se serait repeuplé et aurait connu un « nouvel âge d’or » après la première grande sécheresse. Il en aurait été de même après les trois autres sécheresses qui auraient suivi celle-ci, les moyens mis en œuvre pour assurer cette prospérité ayant été toujours les mêmes : extension de la pratique de l’esclavage, intensification de l’exploitation de l’or, ainsi que du trafic commercial, surtout à longue distance ».
« D’après les traditions orales Soninké, l’islam aurait été introduit pour la première fois en Afrique occidentale vers 666 par des émissaires d’Ocka Ben Nafi. Après qu’il eut posé la brique de fondation de la mosquée de Kairouan, en Tunisie, ce champion de l’expansion musulmane en Egypte et en Afrique du Nord aurait dépêché au Wagadou une délégation chargée de demander au Kaya Maga de se convertir à la religion d’Allah. Le souverain du Wagadou aurait bien sûr repoussé cette demande ; il aurait cependant permis à ses sujets, et surtout à ceux d’entre eux qui entretenaient des relations commerciales suivies avec la Turquie (trafic de diamants, d’eunuques, de castrats et d’esclaves) d’embrasser la nouvelle religion.
Quelques décades plus tard (en 735), les Omeyyades ou Omeiades tentaient, mais en vain, d’imposer l’islam par la force des armes. Vers le milieu du VIIIe siècle, les premiers pèlerins du Wagadou, avec à leur tête Salim Cissé (alias Souwaré), se seraient rendus à la Mecque.
L’islam devient alors la religion des marchands Soninké et s’implante partout où vont ces derniers. Ceci n’est pas sans poser de graves problèmes politiques. On croit savoir que « la guerre des Kaya Maka », qui aurait duré trente-six ans, était la conséquence directe des progrès de l’islam dans le Wagadou. Cette guerre se prolongea au XIe siècle par le mouvement almoravide dit dyihadi flanan (b.b), « deuxième guerre sainte » qui se passa surtout dans le nord du pays. Elle ne mit point fin à l’existence du Wagadou. L’empire, en effet, s’était développé et étendu de l’océan Atlantique au pays Haoussa.
Les traditions affirment que les grandes heptapoles Soninké, maraka dugu wolonfila de l’actuel pays de Ségou, du Worodougou –Dyouladougou (Côte-d’Ivoire), du pays mossi(Haute volta), du Sénégal, du pays dykanké(Mali-Guinée-Sénégal), du pays haoussa, ainsi que les multiples Massadougou-Traoré portaient tous, en fin d’année, le koso (« la dîme »), le dixième des valeurs marchandes (esclaves exceptés) qu’ils possédaient, aux empereurs du Wagadou. Les villes de Kong, Djoulassoba dite Bobo-Dioulasso, Manfara (Mandé), Samatiguila (Côte-D’ivoire), Bamboukou-Djaka (Mali), Ankara (Accra, capitale de l’actuel Ghana), Kano et Zâria (métropoles Soninké dites wangara du Nigeria) portaient elles aussi le koso aux empereurs du Wagadou ».
Après la mort de Bida, la prise de pouvoir des Touré, puis la chute de l’empire, les responsables de la faute rituelle commise ont quitté le Wagadou. Certains Sarakollé sont restés, ainsi que des Karo et des Kakolo. Un groupe a vécu dans la région de Boron, notamment dans la ville de Kouri, dont il faut souligner l’importance : elle était située à environ 200 km au sud de Koumbi ( ?). Ce fut une cité considérable, mais elle fut aussi abandonnée lorsque la sécheresse gagna les lieux. Les habitants ont alors émigré vers le lac Débo et le Faguibine. Là ils ont acheté des terres et les ont cultivées. Les Bella seraient des Kakolo dont les descendants sont devenus agriculteurs. D’autres ont atteint les régions de Djenné et Tombouctou. La tradition de Yéréré affirme que c’est seulement au moment de la dernière dispersion des Soninké que ceux-ci ont été à Djenné et que Dinga n’y est jamais allé ; la ville n’existait d’ailleurs pas à son époque.
De toute façon, il y eut pendant longtemps plusieurs vagues de migrations, car certains groupes de Soninké et notamment des wage qui avaient émigré pour ne pas se convertir ont tenté plusieurs fois de revenir sur leurs anciens territoires pour retrouver là leur autorité.
1- Au temps de l’empire, les Cissé avaient fondé Dyara ; c’est à eux que l’on doit les peintures anciennes réalisées dans les rochers qui environnent la région. Après la chute de l’empire des Soninké, les Nyakaté ou Nyaré, venus de Djimbala, situé non loin du lac Débo, ont été jusque dans le Kingui et à Dyara et se sont installés sur les lieux qui avaient été abandonnés par les Cissé ; la région était couverte de broussailles et d’arbres. Les Nyakaté respectaient alors leur religion traditionnelle ; le fondateur se nommait Alakaseni Nyakaté. La ville de Dyara était assez importante, bien que ce ne fût qu’un petit royaume. Les Nyakaté furent ensuite supplantés par les Diawara : l’autorité temporaire exercée sur la région succédait à celle du Kaya Maga de Koumbi.
2- La tradition (transmise par le généalogiste Diamoussa Soumako) fait état d’une région dite Mani située entre San et Ségou, près de Bla dans le Bendougou, « pays de la rencontre ». Les migrants se sont d’abord regroupés entre Nara et Banamba au Gadougou. De là certains sont allés vers le Kingui, le Kaarta, vers Kita et Bafoulabé à l’ouest. D’autres ont occupé le Mani. Puis, quittant cette région, ils sont allés occuper la haute vallée du Niger, à laquelle ils ont donné son nom. D’après une étymologie du toponyme Soninké, ce fut le pays des mani dew, « enfants du Mani », et ensuite des man dew d’où Mandé. D’autres migrants, descendus vers Toukoto, ont traversé le Baoulé pour aller vers Kita.
3- On sait qu’après bien des péripéties, Faran Tounkara, vassal du Kaya Maga et qui exerçait le pouvoir à Néma, avait recueilli et protégé Soundiata et sa mère, lesquels avaient été obligés de fuir la haute vallée du Niger. Plus tard Soundiata fut rappelé par les siens et réunissant tous ceux qui voulaient s’allier avec lui, il combattit victorieusement Soumanworo qui dévastait le Mandé. Il prit alors le pouvoir, étendit sa domination et devint le fondateur de l’empire du Mandé. Au Wagadou, que ses troupes avaient occupé, il agit en fonction de l’aide qu’il avait personnellement reçue et se déclara « allié » des Cissé et des Konaté. Il relevait partout l’impôt dans les régions où il exerçait le pouvoir, mais il ne l’exigea pas des Cissé Karessi et des Tounkara de Néma, et laissa longtemps le titre de Maga à ceux qui dirigeaient une région. Cinq dignitaires ont assumé l’autorité jusqu’à sa mort (en 1226), à Kita, Boulouli, Dya, Boron et Sissala.
Les conversions s’étant multipliées, les Soninké wage qui avaient émigré au sud, notamment au Mandé, et qui ne pouvaient plus assumer le titre de Manga acquirent celui de « marabout du Mandé » (made mori), qu’ils portent encore aujourd’hui. En témoignent les listes et classifications recueillies sur l’organisation sociale de l’empire malinké, auprès des notables, des généalogistes et historiens qui ont gardé la mémoire des traditions, lesquelles furent codifiées.
Les clans Soninké suivants portent le titre de « marabout du Mandé » : Koma, Diané, Bérété, Touré et Cissé. Nous savons que parmi les six clans wage « descendants de Dinga et de Diabé, les Touré, les Diané, les Koma furent les premiers à se convertir, étant entendu qu’un grand nombre de membres de ces clans n’avaient pas adopté immédiatement la nouvelle religion. Il en fut autrement des Cissé, et particulièrement de ceux qui relevaient des trois clans dans lesquels pouvait être désigné un Kaya Maga. Ayant assuré le pouvoir et, avec lui, le culte de Bida, ils furent les derniers à se convertir, et seulement après le « meurtre » de ce dernier. Le statut particulier des Karési, au sein desquels avaient été choisis la plupart des Kaya Maga, doit être ici souligné. Descendants directs d’un Kaya Maga, ils devaient non seulement renoncer au moindre profit et être désintéressés, mais aussi fondamentalement généreux, et même à la limite prodigues. Tous les Cissé Karési devinrent, après l’émigration, les plus ardents défenseurs et propagateurs de l’islamisme : ils furent et restent les « premiers marabouts du Mandé » (made mori folo) et seuls à porter ce titre modifié.
On comprend alors que les généalogistes, tout en honorant leur statut, rappellent qu’ils ne furent, ni ne sont « les dépositaires de la tradition ». Il y a actuellement d’autres familles portant le nom de Cissé : car on a pu, dans diverses circonstances, déclarer Cissé tout individu ayant poussé très loin ses études coraniques. Avec les diasporas, il y eut aussi dispersions des gessere. Les Sylla de Koumbi allèrent d’abord à Folonkidé, puis à Yéréré, puis dans le Kingui, au temps où les Nyakaté ou Nyaré avaient le pouvoir. Puis après qu’ait cessé leur autorité, le pays a été gouverné par les Diawara, à Dyara, où se trouvaient aussi des Nyakaté. Mais après cela, les Sylla sont retournés à Yéréré.
Les généalogistes actuels du Mandé descendent d’émissaires qui suivaient ou aidaient ceux qui prirent le pouvoir. Les premiers sont des Kwaté ou Kouyaté, qui sont devenus ceux de Soundiata dans les conditions suivantes. Leur ancêtre historique était Bala Fasségué Kwaté, fils de Diakouma Doka. Le père de Soumanworo, qui se nommait Sazi, avait les « secrets » de la métallurgie. Son fils, qui fut initié, leva une armée au Sosso, pour lutter contre l’esclavage. Il s’est attaqué à ses maitres, les Soninké, qui en faisaient le trafic vers le sud : il a ainsi coupé la route des esclaves. Il détenait, d’aucuns disent qu’il l’avait créé, le balafon et il a contraint Bala Fasségué Kwaté à en jouer pour lui. Après sa défaite et la prise du pouvoir par Soundiata, il fut considéré comme le premier griot du Mali : ses descendants sont devenus les généalogistes des Keita.
Nous nous sommes étendus sur certains aspects de la situation des Soninké qui ont émigré au Mandé. Il y eut bien d’autres régions d’Afrique où des clans divers ont trouvé refuge et activité. « La dispersion des Soninké, au sein des ethnies étrangères, se reflète, nous disent E. Pollet et G. Winter (La Société Soninké), dans la multiplicité des noms sous lesquels ils sont connus… Marka pour les Malinké et Bambara, Sarakollé pour les Wolof et toucouleur, Sebé ou Wagobé pour les Peulh, Azer ou Aswanik pour les Maures, Marasé pour les Mossi, Dakware pour les Sonray », etc.

M.SACKO 04/13



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