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Dinga.



Dinga.
Dinga. Mama Dinga dit Dinga Khorè, ancêtre des Soninké.
(Selon la tradition de Yéréré sur l’empire du Wagadou.)

Dinga, dit kare (traduit par « l’ancien, le patriarche ») est né en Egypte à Sonna, nom que les Soninké donnent à Assouan, et serait d’une famille originaire d’une région nommée Hindi ou Findi .

On demanda : « Qui est cet homme ?
C’est Dinga, le grand,
Qui est le patriarche ?
Le patriarche, c’est Dinga l’ancien.
Maitre du « figuier de l’abondance », fils exceptionnel.
Les gessere dirent :
Dinga de l’Inde, Dinga de Khiridjonké, Dinga de Louti et Dinga du Yémen »

Dinga était un Noir, chasseur et guerrier. Il épousa dans la région de Sonna une femme à peau claire nommée Fatou Ganessi. Mais cette union, considérée comme un métissage, ne pouvait permettre à ses enfants d’accéder à la chefferie. Ainsi Dinga, actif et curieux, mais insatisfait de son statut social dans sa région d’origine, ayant donné naissance à des métis qui ne pouvaient exercer le pouvoir en ces lieux, se lança-t-il dans des aventures guerrières. Il cherchait un pays où s’installer pour y laisser une descendance, d’une part, et, d’autre part, il était à la recherche du savoir, partout où il pouvait le trouver lorsqu’il en avait entendu parler. C’est pour ces raisons qu’il voyagea pendant des années, accompagné de troupes qu’il recrutait après avoir guerroyé et vaincu ses adversaires.

Tout d’abord il alla en Arabie, à Kirgalle (dit aussi Kridyé ou Khiridjo), puis à Seden, puis au Yemen, puis à Montigo. Son passage sur la rive orientale de la mer Rouge, qu’il traversa, serait attesté à Dyagaba, Louti et Keriwané. Puis il traversa le Nil (le fleuve Nil est dit en Soninké : kuludyumu , le mont Sinai : turusina et la mer rouge serait dite : nange) en utilisant pour lui et pour ses troupes des embarcations alors en usage, faites des branches d’un végétal coupées et séchées, végétal dit giridyambe ou giridjome, qu’on assemblait pour faire des ponts flottants et des radeaux.
Il partit alors vers l’Ouest africain où il guerroya. Partout il attaquait les autochtones, dont il vainquait les chefs ; puis il recrutait dans ses propres troupes les hommes qui avaient fait partie de celles de ses adversaires. Il faut souligner que quelques-uns résistèrent à ses entreprises. Certains ancêtres des Peul refusèrent son autorité et se firent en partie massacrer par lui dans les régions de Bono, Kakona et Dyaba. Possesseurs de troupeaux voulant rester nomades et pasteurs, ils refusèrent de faire la guerre avec lui et partirent directement vers le sud avec leurs animaux. (Cette information confirme celle d’Amadou Hampaté Ba nous expliquant qu’un certain nombre de Peuls animistes avaient quitté le sahel pour le sud à une époque très ancienne).
Dinga a d’abord guerroyé au nord du Sahara. Puis, toujours en combattant les occupants, il se dirigea vers le sud. Il s’arrêta d’abord en un lieu-dit Tourougoumbé, terme qui signifie en Soninké « jarre (gumbe) des ficus (turo) », il y avait là un gouffre très profond dont l’ouverture lisse est comparée à celle d’une large poterie, qui aurait donné son nom au lieu-dit.
Celui-ci était couvert d’une végétation dense où vivaient des hyènes. On y trouvait une mare et dans les rochers avoisinants, du marbre blanc (gide gulde, « pierre blanche »). Il était l’objet d’un culte assumé par ceux qu’avaient vaincu Dinga, culte qui sera assumé plus tard par ses descendants, les Cissé Tambodyan. Des morceaux de marbre blanc extraits ou collectés sur place servirent à ériger des autels dans les villages, notamment au moment de la construction des habitations. Annuellement, dans ces villages, chaque famille sacrifiait sur ces pierres des victimes animales qui étaient partagées, puis consommées selon une règle précise (la tête était donnée au patriarche (wage), le cou aux gessere, le corps découpé aux membres de la famille, la queue aux Kousa).

Dinga poursuivi sa route en guerroyant jusqu’au lieu-dit Dalangoumbé (de dala, « mare » et gumbe, « jarre »), prés duquel se trouvait un trou d’eau (ou un puits profond) nommé kira gide, « cuivre rouge, pierre », c’est là, selon la légende, qu’il combattit en utilisant « ses pouvoirs et ses charmes », la maitresse du lieu (dite la « diablesse » dans les traductions de divers auteurs). Elle se nommait kumu djumu kandya et son esclave venue puiser de l’eau était dite « aux tresses multiples », seri gaba senewali. Si les textes mentionnent les attaques et les défenses, il est clair que Dinga, contrairement à son attitude à tous ceux qu’il avait jusque là conquis par les armes, vainquit « sans armes et sans guerroyer », ceux qui relevaient de la toute première occupation du territoire (occupation sur laquelle nous reviendrons). Les habitants, à l’arrivée de Dinga, étaient chasseurs , pêcheurs, agriculteurs.

Il se rendit dans la region de Diagaba, oû il epousa les trois filles de Fatounganné, nommées Katana Bori, Djanguinné Bori et Sina Dommo Kousa : les effets de ces liens matrimoniaux interviendrons lors de la fondation de l’empire du Wagadou et se poursuivrons jusqu’à son anéantissement. C’est seulement après ces mariages contractés sur place que Dinga installa sur les lieux ses autels personnels, à Dalangoumbé, lieu-dit situé au sud de Nioro. Ce jour-là, il a engagé sa parole d’honneur. Or, pour être valable , cette parole doit être répétée trois fois, car alors on ne peut jamais la trahir. C’est ce qu’il a fait pour sceller ses alliances matrimoniales avec les occupants des lieux. Dire que « les paroles du noble sont trois », c’est insister sur un serment. Après ses mariages avec des femmes d’une très grande beauté, il ne fit plus d’expéditions dans le sahel. Mais, avec ses troupes, ses esclaves et ses trois épouses, il s’en retourna vers l’est, parfois en combattant, pour rejoindre Sonna (Assouan).
Alors qu’il était arrivé dans la région de Dalangoumbé par le nord, il repartit par le sud, longea la rive gauche du Niger jusqu’au-delà du delta intérieur et suivit vraisemblablement l’une des routes anciennes qui reliaient le bassin du Niger à celui du Nil. Ce fut la fin de son périple. Ces unions contractées à Dalangoumbé lui ont donné, après son retour à Sonna, une descendance qui fondera l’empire du Wagadou. Car il s’était allié par serment et par mariage avec une ethnie, maitresse du sol, qui ait occupé les lieux.
En Egypte, les femmes que Dinga avait épousées au Sahel lui donnèrent toutes des enfants :
Katana Bori fut la mère de Térékiné.
Djanguinné Bori celle de Touroumané.
Et Sina Dommo Kousa celle des jumeaux Bida et Diabé.
La tradition de Yéréré ne connait pas Assa Koulé Soudoro (version Delafosse et Adam).

Dinga.
Dinga n’était pas un wage, terme qui désigne les « nobles », soit les descendants de ses fils qui ont créé l’empire du Wagadou. Mais c’était un « guerrier intrépide », un « chef courageux ». Sa chefferie originelle à Sonna (Assouan) était importante, mais non comparable à celle qu’instaurera Diabé au Wagadou en devenant Kaya Maga.
Ses attributs personnels d’autorité étaient, parait-il, nombreux. Il portait habituellement un bandeau de coton blanc, dit naade, noué autour de la tête et dont les pans retombaient sur la nuque ; sa principale amulette protectrice était insérée dans un nœud de la bande placée sur le front.
Pour la guerre, le bandeau était rouge ;
pour la prêtrise et l’autorité, ocre clair ;
pour les rites et la chasse, noir et ocre(en bogola).
Ces divers bandeaux étaient, suivant l’usage, noués sur un bonnet à oreilles (bamada) ou ornés de franges (natakele). Ces bandeaux seront aussi portés par les patriarches ou les responsables des cultes chez les Soninké (sans les franges, qui «étaient toujours réservées aux chefs supérieurs ou aux grands notables). Il possédait un bâton, guma, en bois très dur de kore, dont il se servait rituellement pour « ouvrir » un passage dans les eaux de la mer ou des fleuves.
Pendant ses déplacements, Dinga était accompagné de son « forgeron », Doumba, et de Guendoumman, qui fut l’ancêtre des généalogistes gessere.
Le rôle de ce dernier, comme de ses descendants, qui exaltèrent les combattants pendants les affrontements, puis récitaient leurs hauts faits et ceux de leurs adjoints, deviendra ultérieurement très important. D’autre part, les « forgerons » seront nombreux au Wagadou. Ils relèvent actuellement de nombreux clans. Mais le clan des Fané sera toujours nommé le premier car ils sont considérés comme descendants de Doumba. En son honneur, beaucoup plus tard, les griots Soumbounou attachés aux clans « forgerons » chanteront le marcouba, dont le texte rappelle ses travaux.
Il y avait aussi des esclaves et, parmi ceux-ci, un noir nommé Sitouro qui devint son homme de confiance : il survécut à son maitre et joua un rôle important lorsque ce dernier, avant de mourir, voulut assurer sa succession. Sitouro était « esclave » de son plein gré, car il s’était mis spontanément à son service.
D’après la tradition, Dinga, monté à cheval était accompagné de toute une cavalerie. (Ce qui permettrait de situer ce déplacement, la présence du cheval étant attestée en Egypte 1700 ans avant notre ère).
Ces monteurs de chevaux étaient armés d’arcs (bundange) et de flèches à pointe métallique ; les flèches étaient placées dans des carquois attachés au bras. Ils avaient également des massues de bois, sortes d’armes de jet à crochet, et des boucliers (wala), taillés dans les troncs de cailcédrat passés au feu ; ces boucliers étaient ensuite huilés. Les chevaux de ces guerriers n’étaient pas caparaçonnés ; mais de longues franges de cuir pendaient devant leur front et leurs yeux, ces franges descendant jusqu’au chanfrein. Un coussinet de coton était placé sous la selle qui était en cuir. Les étriers étaient auparavant en argent ou en cuivre ; c’est bien plus tard qu’ils seront en fer, le fer n’était pas encore utilisé à l’époque de Dinga. (Selon certaines traditions, les descendants du forgeron de Dinga auraient les premiers découverts le fer « noir » extrait de pierres métalliques recueillies en surface.)
La vie aventureuse de Dinga, la nécessité de posséder d’excellentes montures suscitèrent un élevage rigoureux des chevaux. Ils étaient parqués par robe et sélectionnés en raison de leur « caractère » bien connu des usagers : ceux dont le « caractère » était mauvais étaient sacrifiés et enterrés. Pour que la race reste forte, Dinga faisait procéder à des croisements. Le meilleur des coursiers était la jument, et particulièrement celle à robe dite golombu. Le « génie », patron des chevaux, auquel Dinga et ses descendants demandaient sa protection, se nommait Sakané.
Dinga avait un certain nombre d’autels et d’amulettes protectrices pour la chasse ou la guerre :

1-Une louche de cuivre qu’il aurait acquise au Yémen, alors qu’il était en transe, d’un féticheur dit « au gros nombril ». Pour obtenir la pluie, l’operateur nu injuriait Dieu, le créateur, en faisant le geste de puiser. Cette louche de cuivre était gravée de 22 signes : 11 à l’intérieur, 11 à l’extérieur. Il s’en servit pour les rites de pluie qu’il instaura à Dalangoumbé.

2-Il avait aussi 7 jarres dont 3 principales, qui sont les suivantes : La première, dite mama kubare gumbe, contenait des parcelles de tout ce qu’on peut collecter : elle était une sorte de résumé de l’univers matériellement préhensible. Dinga sacrifiait lui-même sur cet autel avant chaque entreprise guerrière. La seconde contenait un matériel comparable mais placé dans de l’eau : elle était consacrée à l’obtention des orages et de la pluie. La louche de cuivre servait à puiser dans cette jarre, avec laquelle on pratiquait la divination. La troisième jarre se nommait mama osa gumbe. Lorsqu’il se déplaçait, Dinga emportait avec lui les petites jarres ; mais la grande jarre « mère » resta toujours sur place, à Dalangoumbé. Les jarres sont considérés comme les témoins d’une source qui alimentait l’un des nombreux cours d’eau qui, à l’époque, sillonnaient le Sahel. Dinga aurait procédé au rituel avec l’eau de cette source qui était, d’après la tradition, exclusivement réservée à cet effet. Il officiait lui-même au septième mois de l’année en cours.
Dinga, chasseur et guerrier, était aussi en rapport particulier avec un certain nombre d’animaux sauvages et domestiques. Ceux-ci étaient liés à son initiation comme à ses dons particuliers ; la hyène et le vautour, animaux doués de connaissance, l’accompagnaient et le dirigeaient. Dinga voyait son destin en rêve et confiait, soit à ce moment-là, soit après, ces messages à l’hyène et au vautour qui étaient à la fois des compagnons avec lesquels il avait des rapports initiatiques et des adjoints.
Du temps de Dinga, dit-on, lorsqu’il fut revenu à Sonna, l’hyène et le vautour, respectivement témoins et détenteurs des connaissances terrestres et célestes, venaient s’entretenir avec lui et lui indiquaient le jour, l’heure et les victimes des sacrifices à faire pour le bien de l’année à venir. Et la légende ajoute que c’est Dinga lui-même qui leur a demandé de conduire ses fils de Sonna (Assouan) à Koumbi. Tous les grands cultivateurs se procuraient la patte avant droite d’une hyène et la tête d’un vautour qu’ils plaçaient dans le grenier où ils conservaient leurs semences.

3-Un petit chien « à gros nombril », dit dundugutine, qu’il aurait reçu en même temps que la louche en cuivre, vivait dans la case de Dinga sans pratiquement en sortir et s’entretenait avec lui. Car Dinga connaissait le langage des animaux et en particulier celui du renard, tune dont le « petit chien » est le substitut. L’expression « au gros nombril », également attribuée à Dinga, est un qualificatif de force et de puissance. Or, nul ne résiste au renard : l’aventureux, le hardi Dinga est assisté par le renard, lui-même aventureux et hardi et devenu son gardien vigilant. Un wage ne doit donc jamais ni tuer, ni consommer le chien, témoin du renard, et adjoint de l’ancêtre auquel il donnait des directives en aboyant.

4-Une cigogne, dite sugudyemen ou surundyamme, qui lorsqu’elle arrivait annonçait la saison des pluies. Elle se posait sur un arbre et indiquait ainsi en pleine saison sèche qu’il était temps de débroussailler pour pouvoir semer dès la première pluie.

5-Un bélier, qui était de la même couleur que la pouliche savane, avait à son cou un cercle d’or, mangeait dans une bassine d’or et ne couvrait jamais de femelle. Quand il y avait une réunion publique ou une cour de justice, Dinga était accompagné du bélier, qui se couchait à coté de lui. Si un ennemi ou un « sorcier » entrait dans l’assemblée ou se trouvait là, l’animal se levait et tremblait, avertissant ainsi Dinga. Encore actuellement, on dit que si on élève un bélier dans une concession familiale, « l’œil » du sorcier tombe sur l’animal et épargne la famille.

En contrepartie de leur appui, Dinga donnait à ces animaux familiers les produits de ses chasses et de ses guerres. Tous étaient respectés : on ne les tuait ni ne les mangeaient sous aucun prétexte. Mais du temps de Dinga, aucun n’était l’objet d’un culte : ils étaient des compagnons, des confidents pour Dinga. C’est beaucoup plus tard, après l’épopée de Diabé et la fondation de l’empire, que s’instaura une sorte de « culte » du vautour et de l’hyène à cause de leur rôle dans l’initiation.

-Les rites effectués par Dinga. - La mort de Dinga.
(Selon le livre « l’empire du Wagadou et les traditions de Yéréré »).

«Dinga de l’Inde était Manga
Fils de Kridio Tagamanké et petit fils de Yougou Doumbessé.
Victorieux à Daguéré et Sambaga par le sabre et la flèche
Maitre de Tentenkhèmèkou et de Mamadjoumé
A Kériwané le dyadyo fut entonné pour l’ancêtre Dinga
Maitre du « figuier de l’abondance », fils exceptionnel.
L’oiseau des Soninké accompagnait Dinga
S’il montre la terre de sa queue, l’herbe fraiche poussera
S’il montre le ciel de son bec, le tonnerre grondera.
Qui est le patriarche ? Le patriarche, c’est Dinga l’Ancien,
Dinga arriva un jour à Dalangoumbé
La maitresse-génie, Koumoudjoumou Khandja, arriva
Elle demanda : qui a frappé Sénéwali « aux nombreuses tresses » ?
Les gessere de Dinga dirent :
C’est Dinga de l’Inde, Dinga de Khiridjo, de Montigo et de Louti, Dinga du Yémen
Mama Dinga dit Dinga Khorè,
Dinga héros de Sonna, Dinga héros de Souan,
Dinga héros de Kanan, Dinga héros de Guirka ou Guirga,
Dinga héros de Faressi (Perse), Dinga, héros de Findi ou Hindi (Inde),
Dinga, héros du Yamanou (Yémen), Dinga héros de Kiridyo
Dinga, le défricheur du Wagadou
Dinga, celui qui a introduit le cheval en Afrique de l’Ouest »

Rites effectués par Dinga.

Prêtre invétéré en tout, Dinga était très versé dans les connaissances occultes. C’était le plus grand prêtre de l’hyène et de l’aigle. Sa puissance reposait sur le culte qu’il vouait à ces deux bêtes carnivores. Un contrat le liait à deux hyènes et à un aigle, Kardigué. La première hyène de Dinga avait un corps noir avec des pattes blanches. Elle avait la couleur du ciel (sankaba). Son nom était Djatouroubiné ; l’autre par contre présentait un corps blanc et des pattes noires. Cette hyène s’appelait Djaba comme une grande prêtresse du Wagadou dont beaucoup de femmes Soninké portent le nom.
Mais pourquoi une alliance avec des animaux ?
Cette explication se trouve dans les croyances anciennes selon lesquelles aucune création sur terre ne possède autant de connaissances que l’hyène et l’aigle. Foourou nama l’hyène détient le savoir nocturne et la connaissance des profondeurs de la terre. Elle humait l’odeur du sol, puis traçait les signes du « tourabou » (géomancie) qu’elle interprétait. Ensuite elle « pleurait » et son hurlement annonçait le bonheur ou le malheur. Douga Sirimandjan possède le savoir céleste et le savoir diurne. De sa place, il perçoit les mystères lointains du ciel et les secrets du jour. Tous ces messages s’adressent à Dinga que rien ne pouvait surprendre parce que ses animaux génies lui indiquaient aussi les mesures à prendre dans chaque situation.

1- La louche de cuivre dite Kasi sagalama.
Le sacrifice comportait une volaille rouge, une blanche et de la farine de sorgho, préparée comme une sorte de couscous dit sengete. Le sacrificateur devait avoir respecté les interdits suivants :
- il ne pouvait avoir de rapports sexuels avant d’agir ;
- il ne devait en aucun cas, en avoir eu avec une femme peule.
-Il opérait entièrement nu ;
après avoir fait un trou dans le sol, il s’accroupissait et effectuait le geste de puiser dans le trou avec la louche, en énonçant des imprécations violentes. Auparavant, les volailles avaient été égorgées à coté du trou et la bouillie avait été versée au même endroit. Les imprécations comportaient non une prière, mais une demande impérative. L’opération durait jusqu’à ce que la pluie tombe et remplisse d’eau le trou dans le sol. La foudre ne tombait pas là où se trouvait la louche, ni sur le propriétaire ou le sacrificateur. Si elle tombait sur une agglomération ou sur une famille, tous les biens des foudroyés devaient être partagés ; la moitié revenait à la famille, l’autre moitié au sacrificateur. Ce dernier pouvait aussi, en manipulant la louche, diriger la foudre sur des coupables reconnus. Lorsque la foudre était tombée en brousse, le sacrificateur, averti par le feu ou la fumée, se rendait sur les lieux pour déterrer la « pierre » qui était censée être tombée avec elle. Ces « haches de pluie » récupérées étaient conservées dans les récipients réservés aux semences : elles avaient le pouvoir de favoriser le cultivateur et de le protéger des effets de la foudre.

2- Les sept jarres.
A Dalangoumbé, six jarres furent placées autour de la jarre principale dite kubare. Dinga prélevait, ou faisait prélever dans les jarres, les éléments qu’elles contenaient pour procéder aux rituels nécessaires à ses entreprises. Les jarres étaient rouges : à l’intérieur l’eau restait claire et ne tarissait pas. La tradition ne dit pas qui avait confectionné ces jarres ; elles étaient installées sous un auvent au pied d’une colline ou d’un monticule. Avant d’entreprendre une quelconque expédition, Dinga se rendait sous l’auvent aux jarres et pratiquait le rite de « lancement du corps » à l’aide de l’eau prélevée dans chacune des sept jarres sacrées. Après cette opération, « il pouvait faire ce qu’il voulait ». Les sept jarres principales de Dinga étaient considérées comme les témoins de la source alimentant une sorte de rivière qui, à cette époque, reliait directement le lac Faguibine à la région de Nioro et au-delà. Nommée lanbe, elle fut dite ultérieurement la « vallée du serpent ». On circulait en pirogue d’est en ouest et inversement tout le long de cette rivière en utilisant les bateaux des piroguiers dits sako, qui étaient aussi travailleurs du bois. Ces sako sont encore aujourd’hui des fabricants de pirogues. Dinga aurait procédé au premier rituel sur ces jarres, l’eau de la source étant exclusivement réservée à cet effet. Il fallait trois invocations pour réaliser le rituel :
-on priait, on parlait pour appeler,
-ensuite on parlait pour bloquer le vent,
-puis pour faire tomber la pluie.
Actuellement, ce sont les Sogouna de Diara qui sont les gardiens de Dalangoumbé : ils descendent de Katana Bori, l’une des épouses de Dinga ; ce sont eux qui détiennent la « louche » rituelle de Dinga.

3- Le culte de la divination avec l’eau.
Dinga faisait la divination avec de l’eau et du lait qu’il mettait dans la louche de cuivre ou dans une calebasse, ou encore dans le creux de sa main. Il avait aussi ses devins, ceux-ci officiaient pour sa famille ou ses adjoints. Mais pour lui-même, Dinga effectuait seul sa propre divination.

La mort de Dinga.
La longévité de Mama Dinga Khôrè qui fut plus que centenaire lui permit d’avoir beaucoup d’enfants et, par conséquent une très nombreuse descendance. A la suite d’une longue maladie, Dinga mourut a Dyoka le même jour que son gessere Suduro, ils furent enterrés un vendredi. A peine la double fosse fut elle refermée, que la pluie se mit à tomber, et ne cessa pas de huit jours : au bout de ce temps, un lac se trouva formé au dessus des tombes, il existe toujours.

M.SACKO 02/13



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