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Les Origines Légendaires des DIAWARA.


Rapporté par Hamet Séméga, Conseiller Pédagogique à la Retraite (San . Mali).



Hamet Séméga, Conseiller Pédagogique à la Retraite (San - Mali).

Les Origines Légendaires des DIAWARA.

« On ne peut donner que deux choses à ses enfants : des racines et des ailes ».

L’origine réelle des Diawara, comme celle de presque tous les peuples de l’Afrique et d’ailleurs est inconnue. Ils doivent descendre des peuplades préhistoriques anonymes qui peuplaient le pays et dont on a retrouvé les instruments de pierre. Ici, nous relaterons les origines légendaires des Diawara, telles que la tradition et les différents auteurs les rapportent. Les traditions et les opinions diffèrent en effet sensiblement en ce qui concerne l’origine des Diawara. Les unes leur prêtent les ancêtres Arabes, d’autres Israélites, d’autres encore les font descendre d’une souche éthiopienne, ou en font tout simplement des Soninké.
Le plus lointain parmi ces ancêtres auquel l’on puisse remonter, et dont toutes les légendes Diawara font mention était un chasseur nommé Daman N’Guilé (Daman le long).

- Une première légende le présente comme le petit fils d’un général Arabe du nom de Djoubourou Kernéïn(1). Ce Djoubourou, originaire de Béni Israëla(2), serait un beau jour parti à la tête de son armée vers le Soudan. Après avoir subi une terrible défaite au cours de la traversée du désert, il serait arrivé, blessé et seul survivant du désastre, à la frontière du Soudan Septentrional et s’y serait établi et marié. Son fils aîné nommé Moussa Moulmeïn, devait à son tour donner le jour au fameux Daman N’Guilé dans les dernières années du XIII ème siècle. Delafosse recueille une légende analogue d’après laquelle le père de Daman, un certain Modi Moussa Moumini (il s’agit certainement du même Moussa), serait originaire du Hedjaz ; il fait néanmoins de Daman N’Guilé un Peulh(3).

- Siré Abbas Soh(4) nous présente Daman comme le descendant d’Alexandre le Grand : « Daman N’Guilé, écrit – il, fils de Mory, fils de Moussa, fils de Moumeïn Ta’im, fils de Da’im, dont il est dit dans les chroniques (et Dieu le très haut le sait mieux que personne) que leur origine remonte à Alexandre le Grand (sur lui soient la prière et le salut !) ». Il est inutile de s’attarder à la généalogie flatteuse, sinon pour noter l’identité des noms de Moussa Moulmeïn et de Moumeïn.

- Une troisième légende, comptée par un griot de Diara, situe la patrie des ancêtres des Diawara au Kingui, c'est-à-dire dans la province même où ils sont actuellement établis. D’après ce griot, Daman en aurait été chassé par des Soninké (probablement du clan Niakhaté). Venu demander protection à l’empereur du Mali, il aurait avec l’aide de ce dernier, repris possession de la terre de ses ancêtres, dont il avait été injustement dépouillé.

- Une quatrième tradition, fort peu répandue (je ne l’ai entendu rapporter qu’une seule fois, et par un informateur apparemment peu renseigné) place la patrie des premiers Diawara au Fouta sénégalais.

- Enfin, Robert Arnaud cite une dernière légende : « les Diawara, écrit-il, croient qu’ils descendent d’un peuple originaire de l’Afrique Orientale, et peut être de l’Arabie ; il rapporte que ce peuple parlait il y a bien longtemps, une autre langue que le Soninké dont ils font actuellement usage ; ils ont perdu tout souvenir de cette langue ; ils savent cependant que leur diammou, lorsqu’ils vinrent de l’Est, était Tabess (renseignement donné par les chefs et notables de Diabigué)(5)».
On pourrait citer à l’appui de cette thèse, le nom par lequel les Arabes désignent les Abyssins, Habesh dont Tabess se rapproche, ou encore le témoignage du voyageur Arabe Ibn Fadl Allah Al Oumary qui note l’existence en Ethiopie d’une peuplade nommé Diawarou(6). Mais ce ne serait là tout au plus qu’un jeu de l’esprit.

La première de ces légendes, qui est la plus répandue et la plus tenace, puisque déjà en 1911 Delafosse la recueillait, peut paraître la plus véridique. Est à dire qu’il faille adopter la version «Arabe » des origines Diawara ? Je ne le pense pas ; en effet, il ne s’agit probablement ici que de l’un des multiples exemples du snobisme musulman des populations soudanaises et plus particulièrement sahéliennes, qui, toutes, essaient de faire remonter leur généalogie jusqu’au prophète ou tout au moins à l’un de ses lieutenants ou de ses parents. Quant au terme de Béni Israëla pris par le chef de Baniré qui m’a raconté cette histoire pour le nom d’une localité arabe, il se rattache à la légende relatée par le Tarikh El Fettach. Malgré les travaux d’historiens tels que Delafosse, il semble difficilement admissible que des juifs soient arrivés avant l’époque historique en Afrique Occidentale. Les Judéo syriens de Delafosse et autres auteurs semblent bien une hypothèse et non une réalité(7).
Que retenir des légendes qui précèdent ?
Les premiers Diawara furent-ils arabes, hébreux, éthiopiens ?
Sont-ils tout simplement une branche différenciée des soninkés comme les présentent les statistiques officielles ?
Daman Guilé était-il un peul, comme le voudrait Delafosse (ce qui, d’ailleurs, ne ferait qu’évoquer un autre problème, tout aussi complexe) ?
Reconnaissons-le : nous ne savons absolument rien de la véritable origine des Diawara.
Il est évident qu’au cours des migrations et des guerres qu’elle a dû mener, la petite tribu préhistorique qui devait donner naissance au peuple Diawara a subi de multiples croisements : il est possible qu’au hasard de ces croisements, elle se soit mêlée d’éléments sémitiques ou hamitiques ; mais de là à faire des Diawara un rameau distinct d’une race définie, il y a un pas que nous ne franchissons pas.
Si l’histoire du fondateur de la dynastie Diawara Daman Guilé, est, elle aussi, fondée sur des traditions orales incertaines, elle a du moins le mérite d’être répandue dans tout le pays Diawara (et aussi dans les cantons voisins) sous une forme à peu près identique, quoique plus ou moins complète. La légende le représente comme un géant. Les Diawara prétendent que les dimensions de son tombeau sont à peine supérieures aux siennes : or ce tombeau mesure une quinzaine de mètres de long, situé au nord-est du petit village de Bambaguédé.
Il est vénéré par tous les Diawara qui y font chaque année des sacrifices solennels de coqs blancs et de jeunes taureaux qu’ils immolent pour s’attirer la protection de l’ancêtre.
Cette tombe célèbre n’est d’ailleurs qu’un simple ovale de terre battue entourée d’une rangée de pierres et fort mal entretenue : les habitants de Bambaguédé, Ouolofs et soninkés, refusent de s’en occuper, alléguant que Daman est l’ancêtre des Diawara non le leur. C’est un makhananké du village qui en est le gardien.

Ce géant, capable de franchir en un seul jour cinquante lieues et de forcer l’hippotrague à la course, fut attiré par la renommée du fameux empereur Soundiata Keita, qui régnait alors sur l’empire manding, ou Mali(8). Accompagné de ses amis Domboné et Niangué Maghan, et de son serviteur Diompissoko(9), il venait à peine de franchir les frontières de l’empire du Mali qu’il rencontra un certain Karé-Kaké Kanégui, cordonnier de son état, qui cueillait des gousses de gonakié pour tanner des peaux de boeuf pour le souverain . Bonne âme, le cordonnier conduisit les étrangers chez lui et se mit a préparer son cuir. Daman, impatient de connaître le roi lui dit :
« ne nous conduiras-tu pas auprès de Soundiata ? »
Pas avant d’ avoir tanné mes peaux, répondit l’autre.
_Qu’à cela ne tienne, reprit Daman, va nous annoncer et je raclerai le cuir à ta place. »
Karé-kaké partit donc trouver le roi, et celui-ci, piqué de curiosité, se rendit au quartier des cordonniers et y trouva Daman et ses compagnons entrain de gratter des peaux. Persuadé qu’il avait affaire aux esclaves du cordonnier, il les traita avec dédain, et depuis, à cause de cette méprise, les Diawara sont considérés en pays manding comme les captifs des cordonniers, qui sont en effet, au Kingui, souvent plus riches que les Diawara nobles et très influents. Soundiata devait cependant revenir de cette première et malheureuse impression.
Daman gagna rapidement ses bonnes grâces en lui envoyant fréquemment du gibier, et devint le conseiller et le favori de l’empereur, qui finit par en faire son grand veneur.
Or, un jour qu’il était à l’affût dans les branches d’un baobab, du côté de Kita, Daman N’Guilé vit passer sur la piste un marabout. Le baobab était vaste, le soleil lourd : le marabout s’étendit à l’ombre. Lorsqu’il repartit, Daman aperçut sur le sol un cou d’autruche tanné rempli de poudre d’or. En trois enjambées, il fut auprès du voyageur et lui remit son bien (que ferait un chasseur d’un peu d’or ?) Le marabout nommé Allakoï Moussa(10), plein de gratitude, dit à Daman :
« écoute, je suis en route pour la Mecque et je vais te récompenser. Que désires-tu que je te rapporte à mon retour ? »
« Il paraît, répondit le chasseur, que l’on trouve là-bas de bonnes lames arabes. Rapporte-moi un sabre, pour trancher le cou des buffles. »
Allakoï Moussa, une fois arrivé à la ville sainte, se perdit si bien en dévotions qu’il oublia complètement Daman et son sabre. Mais une nuit, le chérif de la Mecque eut en songe la vision du prophète, lui enjoignant d’appeler Allakoï, pour lui confier afin qu’il remît à Daman un sabre merveilleux dont le nom était « Faralla » ou « wali »(11), et qui conférait à son possesseur le pouvoir royal. Le chérif fit chercher le marabout dans la foule des pèlerins et exécuta les ordres de Mohamed. Lorsqu’Allakoï Moussa fut de retour, il alla saluer Soundiata et lui conta naïvement les vertus de la lame magique.
Soundiata, trembla pour son trône, persuada l’envoyé du chérif qu’il se chargeait de remettre lui-même le sabre à son destinataire et le dissimula parmi d’autres semblables, tout au fond d’un coffre.
Neuf ans après, Daman était une fois de plus à l’affût sur le baobab de Kita lorsqu’il aperçut le pèlerin. Sautant joyeusement au bas de l’arbre, il demanda à Allakoï tout étonné s’il avait songé à son cadeau. Apprenant, au récit du marabout, la duplicité de Soundiata, il se précipita, fou de colère, à la cour de l’empereur à brûle pourpoint de lui faire présent d’un sabre.
Soundiata fit ouvrir ses coffres par sa favorite, Fina Niakhalé Missanssé, devant Daman et pria hypocritement celui-ci de choisir la lame qui lui plairait. Fina Niakhalé, avec son plus beau sourire, offrit un sabre magnifiquement ouvragé à Daman ; mais à peine ce dernier eut-il tendu la main que l’arme du prophète jaillit du coffre et vint se placer dans la main du chasseur.
Soundiata reprit vivement le sabre enchanté et l’enfouit à nouveau au fond du coffre mais le « Faralla » rebondit et se plaça derechef entre les mains de Daman. Effrayé, l’empereur fut contraint de lui laisser son bien ; mais, craignant que Daman Guilé, grâce au « Faralla » ne lui ravît le pouvoir, il l’exila(12). Daman Guilé partit à l’aventure et descendit le Niger.
Arrivé dans un village nommé Sokho Missidé(13), non loin de l’emplacement actuel de Ségou, il s’y installa.
Le gouverneur de la province, Garo Silamakan Koïta se prit d’affection pour cet homme seul et malheureux. Il lui aurait bien donné sa fille en mariage mais il y avait à cela un gros empêchement : la belle Kouria Koïta (un vieux marabout le lui avait prophétisé à sa naissance) devait donner le jour à un chef très puissant or, Garo Silamakan Ba tenait à sa place de gouverneur. Il se résolut néanmoins à faire de Daman son gendre mais, à condition que ce dernier sortirait de sa province. Résigné, Daman N’Guilé repartit vers le Sahel en compagnie de sa femme Kouria et du fidèle Diompissoko. Entraîné dans les collines du Kingui à la poursuite d’un éléphant blessé, il s’arrêta pour boire auprès d’un puits appartenant à un esclave des Niakhaté de Diara, du nom de Bamba(14). Celui-ci l’invita à partager son repas, et, pendant qu’ils mangeaient, demanda son nom au chasseur. Or, au même instant, un chien s’approchait du plat. Daman, pour l’écarter s’écria :
« Dia ! Wara ! » Ce qui signifie en soninké : « va-t’en ! Laisse ! »
Bamba s’imagina que son convive se nommait Diawara et c’est sous ce nom que Daman pénétra le royaume de Diara.(15) Le repas terminé, Bamba s’en retourna chez son maître et souleva la curiosité de toute la ville de Diara, capitale du royaume du Kingui en racontant qu’il avait vu dans la brousse « un diable gigantesque armé jusqu’aux dents ».
Le royaume du Kingui était alors sous la domination de la dynastie soninké des Niakhaté, ou Diakhaté.
Ces derniers, descendants des vassaux des empereurs de Ghana, se seraient enfuis après le second pillage de cette ville en 1076 ; ils s’étaient installés à Kingui où ils avaient fondé un royaume qui devait tomber dans les toutes premières années du XIIIe siècle sous la tutelle de l’empire du Kaniaga, dont la capitale Sosso se trouvait au Sud de Wagadou.
La domination poulo- soninké du Kaniaga ne dura d’ailleurs que quelques années : vers 1235.
Soundiata s’empara de l’empire du Kaniaga, dont il était jusqu’alors le vassal, et fonda, non loin de Sosso, sur le Niger, sa capitale : Mali(16). Lorsque Daman arriva à Kingui, vers le début du XIVe siècle, le royaume de Diara était donc tributaire de l’empire du Mali mais, gardait, en fait, une indépendance presque totale. Son roi, Mana Makhan Niakhaté, avait en effet la réputation d’un chef de guerre et tenait en respect à la frontière du Kaarta, les armées de Soundiata. Daman N’Guilé avait cependant repris la trace de l’éléphant. Il le découvrit un peu plus loin et l’acheva d’une flèche puis, trouva l’endroit giboyeux, et sa femme et son esclave l’ayant rejoint, il décida d’y demeurer. Il construisit quelques huttes autour d’un puits et baptisa le lieu « Tourou-gouné », ce qui signifie en soninké « brousse aux éléphants ». Au bout de quelques années, le petit village s’était agrandi, de nombreux nomades coureurs de brousse s’étaient fixés auprès, et les terres arables environnantes commençaient à devenir insuffisantes. Le chasseur fonda alors, plus au Sud un autre village avec les plus fidèles de ses amis et lui donna le même nom qu’au premier, nom qui se modifia par la suite et devient Touroungoumbé.(17)
L’année suivante, Kouria Koïta mettait au monde un fils, Mamadou(18) qui devait réaliser la prophétie du marabout de Sokomissidé « un roi très puissant ».
Les rapports de Daman N’Guilé avec les gens de Diara étaient excellents. Il leur vendait le produit de sa chasse et en retour les Niakhaté le ravitaillaient en mil. Il avait même une réputation de médecin depuis qu’il avait guéri le fils d’un notable de la ville, Alfousseiny Koré. L’enfant avait été blessé par le fils du roi, Bemba, d’une flèche empoisonnée et ne pouvait dormir depuis sept ans. Daman fit un mélange de tête de calaos pilés et de farine de mil et l’appliqua sur la cicatrice ; aussitôt le malade s’endormit et lorsqu’il se réveilla, il était guéri.
La mère de l’enfant Djouma vint remercier Daman de sa cure miraculeuse et lui raconta l’histoire du royaume de Diara. Elle lui dit que son mari Alfousseiny Koré connaissait le secret qui permettait de maîtriser le roi Mana Makhan et lui apprit celui qui donnait à son possesseur le pouvoir de s’emparer, sans coup férir, de la ville de Diara : il suffisait de faire pénétrer dans la ville un âne noir. Daman raconta cette histoire à son fidèle compagnon d’aventure Niangué Makhan ; mais, satisfait de la libre vie qu’il menait dans la brousse, il ne songeait nullement à utiliser les secrets de Djouma.
Le roi Mana Makhan était d’ailleurs devenu son ami ; il lui avait donné en mariage sa fille Assa Kandé dont Daman avait eu un fils Niaghé Maghan et avait fait de lui son ministre de la guerre.
A ce titre, Daman avait envoyé Niaghé Maghan piller Djenné et avait lui-même dirigé deux expéditions victorieuses sur Ségou et Sansanding. Par malheur, si Mana Makhan était un souverain juste et bon, il n’en était pas de même de ses fils Mana et Bamba, deux exécrables bandits qui avaient coutume de se livrer à des plaisanteries barbares sur les sujets de leur père.
Un jour, ils brûlaient les champs d’un pauvre homme déclarant que le froid était nuisible au mil et qu’un peu de feu ne pouvait que le faire mûrir un peu plus vite ; un autre jour,ils ouvraient le ventre d’une femme enceinte pour savoir le sexe de l’enfant à naître.
Mamadou, qui était devenu un jeune homme robuste et de belle prestance – il passait pour le meilleur danseur de la ville- était révolté par ces atrocités ; Il provoqua un soir Bemba et d’un coup de poing lui cassa une dent.
Bemba courut se plaindre à son père et ce dernier ordonna à Mamoudou de quitter le pays. Daman lui donna trois gardes du corps : Fodié Kanédji, fils de son griot, Amady fils du vieux Niangué Makhan et un certain Boukary et l’envoya à Diagouraga sur la piste de Walata.
Cependant ni Mana ni Bemba ne devaient profiter longtemps de leurs crimes. Bemba voulut un jour s’emparer d’une vache merveilleuse dont le pis intarissable devait être lié pour que son lait ne se répandît pas sur le sol. Le peul à qui la vache appartenait, et qui y tenait plus qu’à sa vie, voulut empêcher Bemba de le déposséder : Bemba ayant tué la vache d’une flèche, le Peul saisit son bâton, fracassa le crâne de Bemba et se sauva avec toute sa tribu.
Mana, apprenant la mort de son frère et complice, se mit à la tête de ses cavaliers et se rua à la poursuite des Peuls. Il les rejoignit à Diagné et se battit contre eux pendant trois jours et deux nuits ; mais la troisième nuit, les peuls réussirent à s’enfuir. Arrivés à Diabigué, ils furent arrêtés par la rivière en crue ; les cavaliers de Mana apparaissant à l’horizon, les peuls se jetèrent à l’eau où les poursuivants les rejoignirent ; mais, entraînés par le courant violent et le poids de leurs armes, peuls et soninkés périrent tous noyés(19). Quelques temps après, Daman N’Guilé mourut, à un âge très avancé.
Mamadou étant toujours au Sahel, Daman désigna, avant de rendre l’âme, Niangué Makhan pour lui succéder à la tête du clan Diawara. Niangué ne voulut pas conserver un pouvoir qui revenait au fils de son ami et alla trouver Mamoudou à Diagouraga pour lui demander de revenir. Mais Mamoudou avait conçu un ressentiment farouche contre Mana Makhan et déclara qu’il ne reviendrait au Kingui qu’après la mort du roi. Niangué lui raconta alors le secret de l’âne noir et alla chercher Alfousseiny le mari de Djouma, qui lui aussi brûlait de haine contre le père de Bemba. Pressé par Mamoudou, Alfousseiny fit reconnaître à ce dernier la seconde partie du secret qui, nous l’avons vue, permettrait de réduire à merci le roi de Diara : un homme robuste devait andouiller sa main d’un élixir composé des larmes d’une personne atteinte d’une maladie d’œil et des os broyés d’un crâne de cheval volé, et serrer la main de Mana Makhan pour que ce dernier disparaisse à jamais.
Mamoudou envoya Niangué Makhan voler un cheval dans l’écurie du souverain et découvrit une femme aux yeux malades qui consentit à verser ses larmes dans une calebasse. Le philtre composé, Mamoudou s’en recouvrit la main et se rendit à Diara où le roi, assis sur une peau de bouc, se reposait au pied d’un arbre. Fier, Mamadou se précipita vers lui et, se prosterna, lui saisit la main avant que Mana Makhan ait pu le connaître ; aussitôt le roi se dressa sur ses pieds, se précipita dans son tata en criant, enfourcha un cheval et partit au galop à travers la brousse comme un fou : personne n’en entendit plus parler(20).
Mamoudou profita de l’émoi des citadins de Diara pour s’enfuir et s’installa à Touroungoumbé attendant que l’effervescence fût calmée. Cependant Niangué Makhan lui représenta que, s’il laissait les Niakhaté choisir un nouveau roi, le premier résultat obtenu serait réduit à néant et qu’il convenait de hâter les événements.
Alfousseiny conseilla d’effrayer les gens de Diara pour les maintenir dans l’attente. Dans ce but, il envoya à la ville trois jeunes gens d’une grande beauté, vêtus d’habits en soie extraordinaire qui se mirent à danser d’une façon si étrange et sur des airs si bizarres que les habitants de Diara furent pris à leur vue d’une terreur mystérieuse et se cloîtrèrent dans leurs cases. Mamoudou jugea le moment venu, se procura alors un âne noir et le fit pénétrer dans la ville vers le soir. Tous les Niakhaté saisis d’horreur prirent la fuite vers le Kaarta et le Guidioumé, abandonnant tous leurs biens.
Un seul d’entre eux, un cul de jatte nommé Sodoga demeura dans sa case, devenu par la suite le griot de Mamoudou. Il fonda la caste des griots Dramé ou « Sodoga lemou » (enfants de Sodoga).
Avec l’avènement de la dynastie Diawara cesse la période incertaine et légendaire de l’histoire du royaume de Diara, qui, sous l’impulsion des princes comme Mamoudou ou Silamakan, va connaître une ère d’épanouissement et de prospérité.


M. SACKO 07/2014


Bibliographie, Notes et références:

1-F. De Zeltner : Les disques en pierres de Nioro (Congrès préh. De France 1907) et les schistes taillés de Nioro (de l’ant. 1913. page 17 à 23). R. Vaufrey : le néolithique paratournbier. Une civilisation agricole au Soudan (Revue Scientifique, 15 -2- 1947, n° 3267)
2 – Pays mythique désignant évidemment un lieu habité par les juifs au nord du Sahara. Djoubourou Kernéïn se rattacha au Dzoul Korneïn arabe (légende d’Alexandre).
3 - Haut Sénégal et Niger, tome I, page 271.
4-Chronique du Fouta Sénégalais, trad. Gaden-Delafosse, Paris, Leroux, 1913 – page 23.
Un marabout de Touroungoumbé, Lamine Badiaka, donne comme généalogie : « Daman N’Guilé, fils de Abba Saadou, fils de Modi Moussa –Moumini, fils de El Mounafi, fils de Mami Moudari, fils de Mari Diabanou, fils de Koulèye Abd Odari, fils de Abd Alaye, fils de Bassanou ».
5- Rapport au Gouvernement du Haut Sénégal et Niger 1915. Archives de la direction locale des Affaires Politiques du Soudan (MS).
6 – Monumenta catographica Afique et AEgypti du prince Yousouf Kamal 1937.
T. IV fascicule deux : page 1239. Le pluriel des Diawara est « Diawaraou »
7-Voir à Bonnel de Mezurès : Les Diakanké de Banisraila et du Boundou Méridionnal (Sénégal -Notes africaines n°41 Janvier 1944). Il serait intéressant d’établir un rapprochement entre Diawara et Diakanké.
8 – Il semble que Daman n’ait pu en réalité connaître Soundiata, qui vivait au XIIIe siècle alors qu’il apparaît que l’on doit placer la fondation du royaume Diawara par Daman vers le milieu du XIVe siècle, et par conséquent la naissance de l’ancêtre des Diawara tout au plus à la fin du XIIIe siècle. Il s’agit donc plutôt ici de l’un des successeurs de Soundiata, symbolisé par le nom du plus célèbre des princes manding. Mais c’est ainsi que la légende s’est transmise. Pour la chronologie approximative, voir l’annexe I (tableau transmis relatant la succession des rois Diawara).
9 – Dans ses légendes historiques du pays de Nioro (Challamel 1904, page 26), Adam cite, comme compagnon de Daman : un griot nommé Karé Kaké Kanagui, un peul nommé Domboné et un troisième personnage Niangué Makhan.
10 – Ou Elhadji Kô Moussa.
11 – « Pouvoir de Dieu » ou « Protecteur ». Ce sabre aurait appartenu à Ali et devrait par la suite devenir l’insigne de la royauté et le palladium des Diawara.
12 – J’ai recueilli cette légende de la bouche de Siliman Diawara de Baniré, elle est également relatée, avec quelques variantes, dans les Légendes de Nioro (page 26) et par Delafosse (T.I. page 272).
13 – Dans les Légendes de Nioro, ce village se nomme Nionko (p. 28).
14 – C’est autour de ce puits que s’établit par la suite le village de Bambaguédé, dont le nom signifie, en soninké « puits de Bamba ».
15- Delafosse (p.271) donne une autre étymologie. A Soundiata, qui lui demandait le nom de son clan (Dian), Daman aurait répondu en peul ; »Dian Wala » « je n’ai pas de clan » d’où les Manding auraient fait « Diawara ». Les Kouloubaly Massassi, eux, opinent pour la première étymologie. Pour eux, Daman serait un esclave de cordonniers ; une nuit qu’il était en train de retirer des peaux d’un tas placé dans la cour de son maître, ce dernier se réveilla et, croyant avoir affaire à un chien, lui cria : »Dia ! Wara ! » et le sobriquet en serait resté à Daman. Je pense qu’il faut voir ici un exemple de propagande de dénigrement à l’usage des guerriers bambara. Pour Adam (p.26), le diammou Diawara aurait été celui du cordonnier qui avait recueilli Daman et Soundiata l’aurait imposé à ce dernier.
16 - Chronologie Delafosse (Haut Sénégal et Niger t. I page 326 et suivantes). A titre d’indications et sous toutes réserves CF ….. Page 23 au sujet de Soundiata.
17- Ce village est actuellement le plus important du Kingui Diawara.
18 – Il devait prendre plus tard le nom du Faren Mamoudou ou Fié Mamoudou.
19- Légendes de Nioro page 25.
20 – Légendes de Nioro page 32.

M. SACKO 07/14




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